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janvier 2026

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La Plasticar Marquis : la Rédelé américaine

 

Photos d'époque de la Plasticar Marquis, dotée de moustaches chromées.

La Marquis telle qu'elle a été retrouvée dans une grange.

Restée en assez bon état, la Marquis a fait l'objet d'une restauration méticuleuse.

La Marquis est désormais l'un des joyaux de la collection Alpine.

La Marquis a perdu ses "moustaches" en façade après sa présentation en 1954. Elle ne les a pas retrouvées dans la version restaurée car le second prototype n'en avait pas à l'origine quand il roulait en France.

 

 

 

 

Cette voiture sur base de 4 CV si chère à Jean Rédélé est présentée au salon de New York en mars 1954 par la société PlastiCar de Zark Reed. Ce dernier, fabricant de coques de bateaux en plastique a prévu de la produire en série avec une carrosserie plastique. Mais construire des carrosseries automobiles s’avère bien plus complexe que des coques de bateaux...

L'histoire de la marque Alpine n'aurait pas été la même sans la contribution essentielle du designer italien Giovanni Michelotti. Parmi les quelque 1200 voitures qu'il conçut au cours de sa carrière, la Marquis, préfiguratrice des futures voitures de sport Alpine, en a constitué un jalon important.

Diplômé de HEC, Jean Rédélé a pris la succession de son père garagiste, devenant le plus jeune concessionnaire Renault de France, mais ses ambitions ne se limitent pas à distribuer des voitures aux alentours de Dieppe. Il participe depuis 1950 à des courses avec la Renault 4 CV, réalise d’excellentes performances à son volant en 1952 et 1953 (notamment au Critérium des Alpes, ce qui lui inspirera le nom de la future marque), et commence à réfléchir à l’idée d’habiller cette excellente petite voiture d’une carrosserie un peu plus sexy. Très vite, il a l'idée de créer sa propre voiture de course sur base de 4 CV.

La rencontre avec Michelotti va lui permettre de réaliser son rêve : un petit coupé à moteur arrière aux lignes séduisantes sur base de 4 CV, construite avec une carrosserie en aluminium par Allemano en Italie. Ce sera la Rédélé Spéciale. Rédélé va très vite se distinguer à bord de son nouveau bolide. La Rédélé Spéciale n'est pas seulement jolie, elle est aussi plus performante que la 4 CV dont elle est dérivée, et à son bord, le concessionnaire-pilote va remporter le Rallye Paris-Dieppe 1953. Hélas, il n’a pas les moyens de se lancer dans une production en série de son "bébé".

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, un entrepreneur américain du nom de Zark Reed veut développer une voiture à la carrosserie plastique. Il produit déjà des coques de bateaux avec ce matériau et souhaite en faire de même pour l’automobile. A cet effet, il crée la société PlastiCar Inc. en Pennsylvanie. A cette époque, les roadsters européens rencontrent un franc succès au pays de l’Oncle Sam, et Reed s’intéresse tout particulièrement à ce qui se fait en France. Il rencontre Pierre Lefaucheux en décembre 1953, et rachète tout d'abord à Renault un exemplaire de la barquette Rosier pour l’adapter aux Etats-Unis avec sa propre carrosserie, mais il veut aussi compléter sa gamme naissante avec un petit coupé.

Reed rencontre Jean Rédélé, et il est immédiatement séduit par la "Spéciale". Après des essais mouvementés dans le bois de Boulogne, il propose au Dieppois d'acheter le modèle sous licence d’exploitation. Pour lui, c'est un modèle déjà prêt qu'il n'a plus qu'à utiliser comme matrice ; pour Rédélé, c'est l'occasion tant attendue de mettre sa voiture en production. La licence, payée 2500 $, stipule cependant que Rédelé récupèrera un moule et l'outillage spécialisé pour fabriquer la même voiture en France, moyen astucieux pour éviter de passer par les banques afin d'obtenir le lourd investissement nécessaire à la fabrication en série de sa voiture. En retour, il est prévu que Plasticar achète 150 chassis 4 CV auprès de Renault en France.

La barquette Rosier devient The Rogue (le voyou), tandis que la seconde Rédélé Spéciale, dotée de plus de chrome et légèrement modifiée pour une production en série, est rebaptisée The Marquis. Reed présente ces deux modèles au New York Motorshow en 1954. PlastiCar ne tarit pas d'éloges sur le nouveau modèle dans son prospectus : "Le moteur et le châssis de la 4 CV, célèbres dans le monde entier... s'associent au meilleur de l'artisanat américain pour créer la MARQUIS — la première voiture de sport à moteur propulsif au monde avec une carrosserie construite sur mesure en aluminium pour être reproduite en fibre de verre (la carrosserie métallique est disponible à la commande pour une reproduction européenne). Des lignes pures et dynamiques, qui reprennent le meilleur du design étranger et américain, apportent une élégance inégalée et une nouvelle beauté agile sur la scène des voitures de course américaines."

"Avec la performance d'une vraie voiture de sport racée : une routière à l'excellente tenue de route... vive, facile à conduire... une puissance immédiatement à votre disposition pour atteindre des vitesses égales à celles des voitures les plus chères... Tout cela ne représente qu'une partie du plaisir de posséder une Marquis. Et pourtant, son prix ne dépasse que légèrement celui des berlines américaines 'standard' les plus populaires". La filiation Renault et la provenance française du modèle ne sont nulle part niées. Ainsi la brochure insiste également sur les victoires de Jean Rédelé au rallye de Dieppe, sur le circuit de Rouen-Les Essarts et celui de Lisbonne.

Hélas, construire des carrosseries automobiles en plastique s’avère bien plus complexe que des coques de bateaux. Zark Reed fait appel à des professionnels pour finaliser son projet. Ces derniers, malheureusement, vont adapter le coach en fonction des goûts américains et dénaturer le joli coupé français. Transformée en spider lourd et sans grâce, sans portières pour plus de rigidité et munie d'un simple saute-vent, la voiture est également mal préparée mécaniquement. Les techniciens ont négligé le refroidissement du moteur arrière, et la voiture s'arrête au bout d'un kilomètre. Après 50 millions de francs dépensés en châssis et composants nécessaires à la fabrication de 150 voitures, le projet est stoppé. Zark a alors une autre idée qui déplaira fortement à Jean Rédélé.

Après plusieurs semaines sans nouvelles des Américains, Jean Redelé se rend aux Etats-Unis chez Plasticar. Là, il découvre que la Marquis qui a servi à la réalisation des moules est démontée, et que le train avant a été installé dans la Rogue, une voiture conçue par le pilote français Louis Rosier. Furieux, Rédélé rompt les accords avec PlastiCar. La firme s’était engagée pour 50 millions de dollars auprès de Renault mais n’honorera pas son contrat. Rédélé rentre en France, sans argent, sans l’outillage promis, et sans sa Rédélé Spéciale, n’ayant pas les moyens de la rapatrier en France. S’il a perdu l’occasion de conquérir l’Amérique, Jean Rédélé a pu néanmoins s’essayer à la vente de licence qui aura plus de succès par la suite, au Brésil notamment.

Plus de 50 ans après sa construction, le prototype The Marquis a été retrouvé en 2020 au fond d’une grange aux États Unis. Jean Charles Rédélé a rapatrié en France ce modèle unique, qui a été entièrement remis à neuf et fait désormais partie de fréquentes expositions autour de la marque. « La carrosserie et la peinture sont d’origine. Elle est intacte », s’enthousiasment les Anciens d’Alpine, qui auront donc la joie de présenter aux Dieppois cette Rédélé Spéciale à l’histoire si singulière.

Texte élaboré d'après de nombreuses sources web dont L'automobile Ancienne, Carjager et Actu.fr

 

Le prospectus publicitaire de PlastiCar présentant la Marquis et la Rogue.

 

La Marquis a été magnifiquement restaurée, comme le montrent ces photos.

Sur toutes ces photos, la Marquis ne possède plus son pare-chocs avant (qui n'était pas celui d'origine), et un appendice a été ajouté sur les grilles d'aération du capot moteur à l'arrière.