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mise à jour :

janvier 2026

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OSI Silver Fox : le catamaran roulant

   

Sur ces trois photos de promotion, les marquages n'ont pas encore été ajoutés.

Photos d'époque de la Silver Fox.

Etonnamment, la Silver Fox n'est pas plus grande qu'une voiture normale.

Des panneaux d'accès à la mécanique bien pensés, comme le design.

La Silver Fox lors de sa présentation au Festival of Speed de Goodwood.

 

 

 

 

Dans l'univers des prototypes de course les plus extravagants jamais construits, l'OSI Silver Fox occupe une place à part. Ce véhicule unique, qui ressemblait davantage à un vaisseau spatial qu'à une voiture conventionnelle, est né de l'esprit visionnaire du pilote légendaire Piero Taruffi et de la firme italienne Officine Stampaggi Industriali. Après des décennies d'oubli, ce « renard argenté » a fait un retour triomphal au prestigieux Concorso d'Eleganza Villa d'Este 2025, où il a reçu le Trophée « Auto et Design ».

L'histoire de la Silver Fox débute en 1966, lorsque Piero Taruffi, dernier vainqueur de la mythique course Mille Miglia en 1957, présente un projet radical aux ingénieurs d'Officine Stampaggi Industriali. Cette firme, fondée en 1960 par l'ancien président de Ghia, Luigi Segre, et mieux connue sous son sigle O.S.I., était l'une des plus prestigieuses entreprises de carrosserie italiennes des années 1960, réputée pour ses idées novatrices et la création de modèles uniques pour des marques comme Alfa Romeo, Ford et Innocenti.

Taruffi, reconnaissable à ses cheveux argentés et à son style de pilotage astucieux qui lui avai valu le surnom de « Silver Fox » (renard argenté), mûrissait depuis des années un concept révolutionnaire. Il présenta à O.S.I. ce projet visionnaire qui allait bousculer toutes les conventions du design automobile : une voiture de sport de type catamaran (double corps) ressemblant davantage à un véhicule nautique qu'à une voiture, et s'inspirant directement de la Bisiluro avec laquelle Taruffi lui-même avait, en 1947, battu pas moins de 22 records de vitesse. Un projet fou, mais dans lequel O.S.I. décida de s'investir.

La base de ce prototype improbable, voué à des records de vitesse, était une Alpine A110, qui lui avait donné sa boîte à cinq rapports et son moteur quatre cylindres de 1000 cm3 (la mention "A 1000 cc" figurera d"ailleurs sur les flancs du prototype, le "A" étant le logo Alpine, comme pour revendiquer cette filiation). Pour équilibrer le poids, OSI avait installé le moteur dans le compartiment gauche, monté en biais derrière le siège du pilote. Ce positionnement compensait le poids du pilote assis sur le podium droit. L'impression dégagée par le design était celle d'un véhicule bien plus grand qu'il ne l'était en réalité : avec une longueur de 4,050 m et une largeur de 1,82 m, la Silver Fox était un véhicule de taille comparable à une voiture normale, malgré les apparences.

Présentée au Salon de l'automobile de Turin en 1967, la Silver Fox fit immédiatement sensation. Sa conception à double carrosserie était absolument révolutionnaire : deux demi-carrosseries profilées, parallèles l'une à l'autre, reliées par trois ailerons aérodynamiques créant un effet visuel saisissant et unique. Cette configuration n'était pas qu'esthétique : en effet, les trois ailerons étaient conçus pour améliorer l'appui et accroître la stabilité à haute vitesse. L'aileron avant ne pouvait être réglé manuellement qu'à l'arrêt, tandis que le pilote pouvait ajuster proactivement le grand aileron central en roulant. Un troisième aileron fixe complétait le système à l'arrière, permettant au pilote d'adapter l'aérodynamisme à la vitesse et à son style de conduite.

Des ambitions avortées

Piero Taruffi, convaincu du potentiel de son concept, comptait concourir en Groupe B6 et engager l'auto aux 24 Heures du Mans afin de battre à nouveau des records de vitesse. L'objectif était d'atteindre les 250 km/h avec un moteur relativement modeste (pour mettre les choses en perspective, en 1967, la voiture la plus rapide du monde était la Lamborghini Miura V12, avec une vitesse de pointe de 278 km/h). Tout reposait donc sur la construction légère et sur un aérodynamisme soigné au millimètre. Les ailes avant et centrale étaient ajustables pour permettre une gestion fine de la portance en fonction de la vitesse, le tout pour un poids plume favorisant agilité et efficacité. En bref, la Silver Fox ne visait pas seulement la compétition, mais voulait aussi révolutionner la conception automobile de son époque et aboutir à des homologations.

Hélas, les graves difficultés financières d'OSI et Ghia empêcheront la finalisation du prototype, ne permettant pas à Taruffi de valider ses préceptes aérodynamiques audacieux. OSI fera fait faillite début 1968, transformant ce prototype en une pièce unique qui n'aura même jamais été testée, et encore moins participé à une course.

60 ans après, un retour remarqué

Cette machine d'exception qu'est la Silver Fox n'a heureusement jamais été détruite. Un collectionneur a acquis le prototype roulant, sans moteur ni boîte de vitesses, mais avec tous les plans originaux d'OSI. Pendant dix ans, il a continué à développer la voiture, restant fidèle au design original, jusqu'à ce que tous les systèmes, y compris l'aérodynamisme actif, soient pleinement opérationnels comme prévu initialement. La voiture est aujourd'hui entre les mains du pilote de course français Paul-Emile Bessade, qui a repris en main son développement et rêve de valider les théories de Taruffi.

En attendant, la Silver Fox continue de créer l'émotion, près de 60 ans après sa création. Elle a en effet réussi un retour triomphal lors du Concorso d’Eleganza Villa d’Este 2025, le concours d'élégance automobile le plus coté au monde, qui se déroule à Tivoli, sur les rives du lac de Côme, en Italie, remportant même le « Auto & Design Trofeo » (trophée auto et design) sacre symbolique pour un véhicule resté longtemps dans l'ombre.

L'OSI Silver Fox incarne tout ce qu'on peut admirer dans le design automobile : l'audace, l'innovation, la fonctionnalité et une vision intemporelle. Ce n'est pas seulement un design captivant ; c'est une oeuvre audacieuse et visionnaire prouvant que les idées véritablement révolutionnaires conservent toujours leur pouvoir d'émerveillement. Elle représente bien plus qu'un simple prototype de course ; c'est l'incarnation d'une vision en avance sur son temps. Son design hybride, mi-catamaran mi-voiture, que certains ont décrit avec humour comme « le véhicule idéal pour voyager avec son ex » grâce à ses cabines séparées, continue de fasciner par son originalité.

À une époque où l'aérodynamisme automobile ne cesse d'évoluer, la Silver Fox nous rappelle que les idées les plus audacieuses naissent souvent d'esprits prêts à remettre en question l'ordre établi. Piero Taruffi et OSI ont créé une œuvre qui a transcendé son époque, et leur reconnaissance officielle à la Villa d’Este 2025 avec le « Trophée Auto et Design » confirme que les véritables innovations ne meurent jamais : elles attendent simplement leur heure de gloire pour continuer d'enthousiasmer les nouvelles générations de passionnés de design automobile.

Texte élaboré à partir de plusieurs sources, principalement CarDesign.es et les sites Auto-Reverse et L'Auto-Journal

 

 

 

Les spectateurs de la Villa d'Este découvrent avec étonnement la Silver Fox.

Un design intemporel qui navigue entre automobile, sports nautiques et aviation.

Le logo Alpine figure bien en évidence sur les flancs avec la cylindrée.

Le renard argenté, symbole de la voiture et de son pilote-concepteur.

Remarquez que les anciens feux arrière décolorés ont été remplacés.

Une vision peu banale dans les rues de Tivoli.

Un tableau de bord aussi élégant que le design extérieur.

Un raffinement aérodynamique qui flirte avec l'aéronautique.