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version 4.0 mise à jour : janvier 2026 |
Twingo Complice : pick-up ludique et précurseur |
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La Complice possède la finition d'un vrai modèle de série.
Le hayon initial est désormais scindé en deux battants distincts.
Le projet de Twingo Pick Up (au centre) présente mieux que ses deux concurrentes potentielles sur base de Peugeot 106 (en haut) et de Volkswagen Polo (en bas).
Le profil qui borde la zone de chargement fait l'objet d'études spécifiques.
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Déçu par la standardisation des produits et des services qu'il constate en France, et tout particulièrement dans une industrie automobile au passé pourtant riche en innovation, Holland aimerait transposer le concept de pick-up, véritable institution aux Etats-Unis, à l'échelle européenne, tout en cherchant à proposer un nouveau créneau sur le marché des véhicules de loisirs. Il faut partir d'un modèle pouvant se décliner à la fois en petit véhicule sportif et de loisirs, mais également en variante purement utilitaire. N'ayant pas toutefois les fonds nécessaires à produire un tel véhicule, Philippe Holland et son équipe décident de partir d'un véhicule existant. Alors que les grosses voitures ont la faveur de ce type de carrosserie aux Etats-Unis, l'industrie automobile européenne a compris depuis longtemps la nécessité de produire des véhicules plus petits, tant pour des raisons économiques ou logistiques qu'environnementales. Or la France produit beaucoup de petites voitures, dont la Twingo est alors la plus petite et la plus originale. Ainsi donc naît l'idée d'une Twingo pick-up. Ce projet représente pour Holland un projet majeur. L'objectif est de créer une véritable "vitrine" pour Côte Ouest Concept, le studio qu'il vient de créer, mais aussi de tenter de convaincre Renault de la produire en petite série — ou à défaut de les laisser la produire eux-mêmes. L'idée même que leur petite société puisse s'associer à un grand constructeur national tient tout autant du rêve américain et de ses héros, comme l'ingénieur Tucker (dont la vie portée à l'écran a marqué Holland) que du récit biblique de David terrassant Goliath... Quoi qu'il en soit, le projet est aussi audacieux que visionnaire. Partir d'un modèle existant permet à Holland une approche plus pragmatique et moins conceptuelle. Bien trop souvent, des modifications excessives détruisent l'harmonie d'un modèle, soit parce que le designer n'a pas saisi l'esprit du concepteur original, soit à cause de contraintes techniques. Holland a toutefois compris tout de suite en voyant la Twingo que la transformation n'oterait en rien à son aspect sympathique. Après de longues heures à étudier le modèle sous tous les angles avec son équipe et à évaluer les différentes options qui s'offrent à eux, Holland réalise des rendus réalistes par photomontage au lieu de dessins car il veut s'approcher au plus près du résultat souhaité et également mieux faire comprendre au carrossier, Luc Drevelle, le résultat qu'il cherche à obtenir. En partant d'une image de profil, Holland augmente l'empattement pour accroître la charge utile, et réutilise la partie supérieure du hayon pour fermer l'arrière de l'habitacle. Il veille aussi conserver à la Twingo les courbes séduisantes du modèle initial. Il essaiera également différentes configurations pour les roues jusqu'à ce que l'effet de volume souhaité soit atteint. En parallèle, Holland prépare une série d'images qui montrent ce à quoi pourraient ressembler les modèles de la concurrence s'ils étaient eux aussi déclinés dans des versions pick-up à la fois sportives et utilitaires, en augmentant à chaque fois l'empattement initial. Si la Volkswagen Polo ne fonctionne pas très bien, notamment à cause de l'angle trop aigu entre le hayon et les custodes, l'Opel Corsa donne un joli résultat, et la Peugeot 106 présente elle aussi très bien... mais Holland fait en sorte que la Twingo soit la plus belle du lot ! Travailler un modèle en 2D va vite. Hélas, il est impossible de "ressentir" le volume obtenu. Heureusement, la formation de designer de Holland et son expérience lui permettent d'anticiper ce que donneront ces transformations dans la réalité. Les clichés finaux seront exacts au millimètre près. Tout au long du processus, il travaille sur des clichés noir et blanc car il ne veut pas que la couleur interfère dans sa perception des surfaces qu'il élabore. En effet, en photomontage comme en graphisme, si les rapports entre forme, objet et position fonctionnent bien en noir et blanc, alors ce sera également le cas en couleurs. A l'inverse, les images travaillées en couleurs peuvent s'avérer décevantes quand on les visualise en noir et blanc. Pour être certain que le produit final ressemblera à un modèle de production et non simplement à une transformation artisanale, il faut que chaque élément soit envisagé comme un produit à part entière. Les éléments profilés situés de part et d'autre de la zone de chargement, par exemple, font l'objet d'une étude propre, car ils doivent à la fois être esthétiques et fonctionnels. C'est au prix de ce genre de détails que le résultat semblera professionnel.
C'est ainsi qu'il choisit d'obturer l'arrière de l'habitacle
en recyclant la partie supérieure du hayon, scié à l'horizontale,
qui viendra se placer en arrière des sièges, conservant
son articulation pour permettre éventuellement de loger des
objets trop longs tels que des planches de surf ou des échelles
(une configuration jusque-là inédite sur une voiture).
La partie inférieure sera quant à elle conservée à sa
place, mais s'articulera vers le bas. La partie inférieure
du hayon rapporté est obtenue par une feuille d'acier pliée
en forme de longeron et soudée entre les flancs.
Mais l'intérieur n'est pas pour autant négligé. Il faut que le client ait envie de s'approprier le véhicule, d'y vivre en somme. L'émergence des monospaces a conduit les designers à concevoir des intérieurs polyvalents, autant adaptés aux loisirs le week-end qu'au transport durant la semaine. Partant du même raisonnement, l'équipe de Holland comprend que modifier l'empattement du véhicule impactera forcément la configuration de l'habitacle... et comme le prototype va préfigurer la version "sports et loisirs" de la Twingo pick-up, l'intérieur devra aussi refléter cette identité spécifique en se montrant un peu plus audacieux. Holland reconnaît aussi qu'il a voulu "se faire plaisir" au passage ! La forme incurvée du demi-hayon permet d'obtenir un volume
utile intéressant derrière les sièges pour pouvoir
par exemple loger des bagages légers ou une sacoche à outils,
et également éviter l'impression de claustrophobie
que les pick-ups procurent trop souvent par la proximité de
la charge utile derrière les sièges.
L'alcantara, sorte de daim synthétique, est un temps envisagé pour recouvrir les sièges, mais sa piètre résistance à l'eau et son nettoyage difficile font préférer le cuir. Celui-ci s'harmonise avec la livrée fuschia et mimosa du véhicule. Quant aux boutons intérieurs, ils sont peints en jaune pour aller avec les sièges et ajouter un côté "fun" au véhicule. "La Complice" est prête... Elle est présentée à l'équipe de Renault Design et aux conseil de direction de la marque le 16 janvier 1996, où elle reçoit un accueil mitigé. Peut-être que dans la grisaille parisienne de ce mois de janvier, la mer, le soleil et la plage semblent un peu lointains, et qu'un véhicule de loisirs ne paraît pas prioritaire. On critique par exemple le choix des boutons intérieurs jaunes... détail qui se retrouvera pourtant sur les Twingo de série deux ans plus tard !
Plus de 500 commandes sont passées dans les six premiers mois, mais la société de Philippe Holland ne pourra pas les honorer sans l'accord de Renault... qui ne viendra pas. Certes, Holland recevra une promesse orale qu'il pourra développer lui même le projet, mais après des mois d'attente, Renault fera finalement barrage, invoquant une raison "technique" sans jamais fournir la moindre explication. Même les concessionnaires qui ont soutenu le projet en présentant le prototype à des fins promotionnelles ne parviendront pas à faire fléchir la maison mère, qui lancera peu après son Kangoo... Faisant suite à la Complice, Holland proposera même une Twingo Landaulet, un "semi-cabriolet" dont la transformation extrêmement simple à réaliser ne modifiait pas le châssis original... en vain. Philippe Holland gardera de tout ceci une petite amertume, d'autant que les autres montages réalisés autour des concurrentes Peugeot, Opel et Ford ont tous abouti à des versions réelles basées très largement sur ses spécifications ! Ainsi Franco Sbarro proposera quelques mois plus tard, une 106 pick-up, qui ne sera finalement jamais produite : la France n'est semble-t-il pas prête pour les pick-ups... Ford et Opel lanceront toutefois leurs pick-ups au Brésil avec succès (le châssis de la Corsa restant inchangé, compensé par un porte-à-faux arrière allongé). La Complice inspirera encore Laurent Vaullerin, un carrossier du Cher qui
en reprendra le principe pour réaliser sa propre Twingo
pick-up. Mais
qu'est devenue la Complice,
par laquelle tout a commencé ?
Il fut un temps où Philippe Holland se rendait à son bord à des
festivals de surf,
toujours
accueilli
par des applaudissements, des cris enthousiastes... et des commandes,
qu'il ne pouvait hélas jamais honorer ! Elle a dormi un temps dans un garage à Royan, puis a servi durant plusieurs années de véhicule d’assistance pour les équipes du prestigieux Tour de France cycliste. Traduit et adapté librement d'un texte de Philippe Holland. Première publication : 25 septembre 2008.
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Presque complète, la Complice attend encore son arceau et sa décoration finale.
Partout où elle se rend, la Complice ne passe jamais inaperçue !
Lorsque Philippe Holland imagine sa Complice en tenue de voiture de course, cela donne ce montage fantaisiste et amusant...
La 106 Pick-up proposée par Sbarro quelques mois après la Complice.
La Corsa Pick-up trouvera un vrai public au Brésil.
Pour ne pas avoir à modifier le hayon (et peut-être ainsi augmenter les chances d'approbation du projet), Holland propose la Twingo Landaulet, un semi-cabriolet.
Malgré le réalisme de ces clichés, et le fait que Renault ait autorisé la réalisation d'un prototype s'il était ensuite détruit,, il ne s'agit ici que de photomontages qui montrent le Landaulet ouvert (en haut) et fermé par une capote (en bas). Une Ford Ka Landaulet sera également envisagée.
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