version 4.0

mise à jour :

janvier 2026

 > Prototypes > Concept-cars

Z02 : le roadster du futur

 

 

 

 

En 1990, Renault présente le concept-car Laguna, un roadster élégant et d'une grande originalité. Bien que le Scénic (Z01) ait été développé avant elle, la Laguna (codée Z02) est choisie par Patrick Le Quément pour être dévoilée en premier. Il s'agit en effet d'afficher sans ambiguïté que le design Renault a pris un nouveau tournant, et ce roadster audacieux l'incarne parfaitement.

Contrairement au concept-car Mégane (W06) de 1988, qui était un véhicule laboratoire de technologies avancées, la Laguna est avant tout une étude de style, bien qu'elle présente une solution technique inédite dans le domaine de la sécurité : un arceau de sécurité intégré. Ce système révolutionnaire était obligatoire du fait de l'absence de pavillon et de traverse de pare-brise : en effet, la Laguna se conduit la tête complètement sortie de l'habitacle. Pour des raisons de style et d'image, l'arceau de sécurité devait être complètement invisible ; installé entre l'habitacle et le couvre-tonneau en position reculée, c'est un élément rétractable qui se déploie seulement en cas de danger : l'arceau, qui est en deux parties, se déclenche automatiquement lorsque l'assiette de la voiture change anormalement, et ce en un dixième de seconde.

Ce déclenchement est géré par un calculateur électronique, informé par des accéléromètres linéaires et un gyromètre acoustique. Le fonctionnement mécanique est assuré par un système pyrométrique (petite charge de poudre) relié à un circuit pneumatique à haute pression (150 bars). Une fois en place, l'arceau est verrouillé par une serrure capable de supporter près de 4 tonnes. Cet arceau est considéré comme "industriellement réaliste" par le constructeur. Ainsi dotée, la Laguna peut conserver une ligne d'une grande pureté, dans la plus parfaite sécurité.

Stricte deux places, la Laguna se distingue de bien des façons : lignes extrêmement fuselées et héritées du bio-design, absence de pavillon ou de capote (juste un couvre-tonneau pour protéger l'intérieur de la pluie), pare-brise bilobé très bas faisant office de saute-vent, entrées d'air latérales, position avancée de la cabine de pilotage qui accentue le dynamisme. Les portes en élytres à serrures électriques et vérins confirment l'allure et la vocation sportive de ce roadster dont la structure garantit légèreté et rigidité. Dernier point, mais qui a son importance : une livrée bleu métallisée qui n'est pas sans rappeler qu'elle pourrait tout à fait être une Alpine.

Or il y a une raison à cela : Renault travaille alors en parallèle au développement du projet W71, visant à produire un petit coupé sportif Alpine, ainsi qu'à un spider devant lui aussi être badgé Alpine. La Laguna est censée préfigurer ces deux modèles, mais hélas le projet W71 sera annulé quand Renault décidera d'enterrer la marque Alpine ; le Spider, lui, aura plus de chance puisque l'usine de Dieppe le produira, mais sous le nom Renault Sport.

La carrosserie est sans doute le domaine où les prototypes roulants innovent le plus. Celle de la Laguna n'échappe pas à la règle, puisqu'elle est réalisée en matériaux composites (plastique-fibre de carbone et Kevlar en particulier pour la carrosserie extérieure), châssis tubulaire arrière, cellule composite en tôle et nids d'abeilles, cloison également en nids d'abeilles, assurant la fonction de tablier pare-feu et de rigidification de plate-forme, polycarbonate traité façon miroir pour le couvre-tonneau, enfin tubes à paroi mince pour la structure. Les portes, semi-papillon, possèdent un noyau en carbone renforcé en nids d'abeilles et bénéficient dune ouverture et dune fermeture semi automatiques par vérins pneumatiques. Enfin, comme tout vrai roadster, la Laguna possède un coffre minuscule de seulement 6 m³.

Son comportement routier rappelle que la Laguna est avant tout une voiture de sport : capable de très forte accélération et s'accrochant à la route dès les premiers tours de roues, elle est dotée d'une boite à cinq vitesses directes et précises. Côté motorisation, on retrouve le 2 litres Renault turbocompressé déjà monté sur la Renault 21, mais dont on a tiré 210 ch à 5 500 tr/mn (contre 175 ch à 5 200 tr/mn) par augmentation de la pression de suralimentation et amélioration des flux d'admission et d'échappement. Compte tenu d'un poids de l'ordre de 900 kg, c'était cependant suffisant pour obtenir des performances exceptionnelles : plus de 250 km/h en pointe, le kilomètre départ arrêté en 25,2 secondes, et le 0 à 100 km/h en 6 secondes.

Côté suspension, même si l'innovation nest pas de mise, il faut noter des triangles superposés à l'avant, avec des amortisseurs réglables, et une architecture comparable à l'arrière, avec des combinés ressortsamortisseurs réglables. La barre anti-dévers est montée sur paliers durs. Avec ses roues en alliage de 18 pouces, ses pneus larges et une répartition des masses de 60% à l'arrière et 40% à lavant, la Laguna devrait bien tenir la route.

Pendant longtemps, la seule solution pour accroître l'efficacité d'un projecteur fut d'en augmenter la surface réfléchissante de cuvelage ; puis vint l'ampoule halogène qui permit de réduire sensiblement la taille des projecteurs, pour une efficacité comparable. Aérodynamique et style obligeant, il fallut encore diminuer la grosseur des phares dont la principale faiblesse devint une efficacité quasi nulle en feux de croisement. Le style de la Laguna imposait une recherche en la matière : ce fut le mariage d'un miroir à surface complexe avec une ampoule à décharge, fondée sur l'utilisation d'un arc formé entre deux électrodes métalliques pénétrant dans un tube de quartz de très faible volume (0,03 cm3). On obtint ainsi un maximum d'efficacité pour un minimum de dégagement de chaleur.

La Laguna s'inscrit dans le cadre du projet "Concept Cars et Véhicules Expérimentaux" de Renault, lequel prévoit la présentation tous les deux ans d'un prototype "privilégiant soit les aspects culturels, émotionnels, stylistiques de l'automobile, soit les aspects technologiques"... un programme initié par Le Quément, et qui va contribuer à changer radicalement l'image de la marque.

Le concept-car Laguna sera consacré par le Car Design Award 1991 et considéré comme l'une des sept plus belles voitures du monde : Renault s'affirme désormais comme un moteur d'innovation, tant technologique que stylistique, avec lequel il va falloir compter.