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janvier 2026

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Projet 114 : la Frégate n'aura pas d'héritière

 

La proposition de Michel Béligond pour le Projet 114 ressemble énormément à une Renault 8 agrandie. Celle-ci était alors développée en parallèle.

La 114 "Ponton" de Charbonneaux, rustique et moderne à la fois, ne convainc pas.

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La 114 "Bagatelle" de Charbonneaux, en revanche, ira jusqu'au stade la maquette grandeur nature, et présente des lignes plutôt plaisantes.

La première proposition de Ghia est un peu pataude, même si elle préfigure dans sa configuration générale ce que sera la future Renault 16 du Projet 115.

 

 

 

 

Démarré en 1958 pour remplacer la Frégate, le Projet 114 portait sur une voiture spacieuse, motorisée par un nouveau moteur V6 de 2.2 litres. La version tricorps de Ghia atteindra presque la phase de mise en production...

La Frégate, vaisseau amiral de la marque au losange, ne rencontre qu'un succès modéré, et Renault envisage dès 1957 plusieurs projets visant à la remplacer. Après le Projet 111, dit "Renault 58", qui n'aboutira pas, vient le Projet 114. Quelques prérequis sous-tendent le projet de future berline haut-de-gamme de Renault : moteur six cylindres en ligne de 2,2 litres, transmission classique, quatre roues indépendantes et un habitacle spacieux. Pour le reste, les créatifs ont carte blanche.

Les différentes propositions

Comme pour les projets Dauphine 600 et Renault 900, Renault va mettre en concurrence les équipes du style maison avec l'Italien Ghia, mais aussi Philippe Charbonneaux. Le projet "114 Cx", de Pierre Jousserandot,, explore la voie de l'aérodynamique, dans le sillage de la Dauphine Cx 15, mais restera au stade de la maquette pleine à l'échelle 1:5. Plus classique, le projet de Philippe Charbonneaux, la 114 dite "Ponton". Mélange étrange de rusticité avec sa silhouette rigide de voiture soviétique et de modernisme avec ses pare-chocs boucliers, elle manquera de pouvoir de séduction et restera elle aussi au stade de la maquette pleine.

Le projet dit "Bagatelle", créé lui aussi par Philippe Charbonneaux et son équipe, jugé plus séduisant, atteindra le stade de la maquette à l'échelle 1:1. Les flancs sont épurés, le pare-chocs arrière finement intégré ; la face avant, aussi massive que travaillée, est caractéristique du styliste rémois, mais évoque également la Rolls-Royce Silver Shadow, qui sortira en 1965. A l'intérieur, le tableau de bord joue le dépouillement, avec un unique petit compteur, un tachymètre à tambour rotatif que l'on retrouvera sur des Citroën quelque 15 ans plus tard... Autre aménagement intéressant, encore loin d'être généralisé en 1960 : les aérateurs latéraux, permettant de supprimer les déflecteurs de portes avant. L'empattement assez long et le bon centrage de l'habitacle ont permis en effet de dessiner une porte arrière sur laquelle le passage de roue ne mord pas du tout, ce qui augure bien de l'habitabilité exigée par le projet.

Autre proposition qui atteindra le stade de la maquette grandeur nature : celle de Michel Béligond. Contrairement aux 114 "Bagatelle" et "Ponton", elle reprend l'idée des trois glaces latérales, mais associées à un coffre proéminent lui conférant une silhouette classique de limousine. L'ensemble est plutôt bien équilibré, même si la calandre semble assez curieuse. La bande qui court sur les flancs, le bandeau arrière et la forme des pare-chocs rappellent le dessin de la Renault 8, développé simultanément sous le code projet 113.

Quant à Ghia, il propose un design bicorps, une solution encore révolutionnaire que Renault va bientôt populariser avec sa R16. Le profil rappelle la Plymouth Valiant américaine, et la future R16, justement : le dessin des six glaces latérales et arrière sans décrochement, et même le dessin de la calandre semblent l'avoir directement inspirée. Ce projet aura droit lui aussi à une maquette à l'échelle 1:1.

Le prototype 114 de Ghia

Au final, c'est un design de Ghia qui va être adopté, mais pas le même. Le carrossier transalpin a en effet fait une seconde proposition, plus aboutie, à moteur avant et roues arrière motrices. Si elle reprend plus ou moins la cellule centrale du projet précédent, l'arrière présente un décrochement. , le couvercle de coffre plongeant préfigure les Peugeot 204 et 504 de Pininfarina, quelques années plus tard... Il tranche singulièrement avec le capot très plat, qui se termine sur une calandre à quatre phares, extrêmement abrupte, au maillage chromé, rappelant là encore la Plymouth Valiant. Le pare-chocs à décrochement central, ressemble fort à celui de la maquette dessinée par M. Béligond : c'est là sans doute, une preuve nette des échanges entre Turin et les bureaux de la Régie.

Le style définitif de la remplaçante de la Frégate semble donc avoir été trouvé. Pas moins de 14 prototypes 114 seront construits, équipés d'une suspatte hydraulique mise au point par l'ingénieur Serpette. Les essais roulants commencent début 1961. La tenue de route paraît satisfaisante, et même si elle ne pèse que 980 kg, Pierre Dreyfus la trouve un peu lourde, avec ses 4,50 mètres de longueur et son 1,72 mètre de largeur. Le moteur six cylindres en ligne, dit type 694/8, est entièrement en aluminium, et développe 2203 cc pour environ 110 ch, autorisant environ 150 km/h en pointe. Ces performances la positionnent tout à fait honorablement face à la Peugeot 404, seulement 5 cm plus courte mais 10 cm moins large, plus lourde avec ses 1070 kg, et qui peut atteindre 142 km/h avec son premier moteur 1618 cc à carburateur). Mais elle constitue également un rivale sérieuse à la Citroën DS19, plus imposante avec ses 4,80 mètres sur 1,80, encore plus lourde avec ses 1125 kg, mais "faible" par comparaison avec seulement 66 ch extirpés de son vieux moteur 1911 cc issu en droite ligne de la Traction Avant, et qui atteint péniblement 140 km/h.

La Frégate n'aura pas de remplaçante

Bien que quatorze prototypes aient été assemblés, et que les Méthodes soient déjà passées à la phase d'industrialisation, Pierre Dreyfus se résigne à tout arrêter au courant de l'année 1961. Cette voiture moderne et performante, répondant parfaitement au cahier des charges fixé, est finalement abandonnée à cause de son coût de production, qui aurait en effet été d'un quart supérieur aux prévisions initiales, rendant impossible de tenir un prix de vente rendant le produit rentable.

La Frégate ne sera pas remplacée, et la Régie n'aura pas de nouveau vaisseau amiral pour un bon moment. Commence alors l'étude du Projet 115, plus modeste avec ses 8 CV fiscaux.. Il va reprendre le moteur six cylindres, amputé d'un tiers, mais aussi la ligne générale du projet Ghia bicorps de 1958, sublimée par le trait de Gaston Juchet. Les tentatives de proposer une berline haut-de-gamme statutaire, au travers des projets H, 120 et 127, n'aboutiront qu'à la Renault 30, sorte de Renault 16 améliorée. Il faudra attendre la Renault 25 pour que Renault retrouve une grande berline digne de ce nom.

Texte élaboré à partir d'un article signé "phedor2"

Le second design de Ghia sera choisi et débouchera sur 14 prototypes roulants.

Un décroché du coffre qui évoque les futurs designs de Pininfarina pour Peugeot.

Le prototype 114 survivant fut aussi peint en blanc pour l'exposition de 1972.

Joliment restauré par Renault Histoire & Collections, le prototype "114" dessiné par Ghia a plusieurs fois été présentée lors de salons comme Rétromobile.