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version 4.0 mise à jour : janvier 2026 |
Dauphine Compacte : la voiture qui roulait à l'envers |
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La Compacte Ghia peinte en blanc pour l'expo au Pub Renault en 1972.
Charbonneaux imagine également que le design se prêterait à toutes sortes de conversions utilitaires, comme ambulance, véhicule de livraison, de transport, de vente ambulante, etc. On est désormais bien loin de la Dauphine...
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À la fin de 1950, Renault lance une véritable révolution culturelle sous la direction de son président, Pierre Dreyfus. Alors que les futures Renault R4 et R16 à traction avant se profilent déjà sur les planches à dessin, la Régie étudie également d'autres véhicules à l'architecture révolutionnaire et tout à fait incroyable. A cette époque-là, Pierre Dreyfus n'est pas très satisfait des résultats commerciaux de la Frégate, et le "navire amiral" de la firme a bien du mal à naviguer dans les eaux du haut de gamme français. Dreyfus souhaite que la Régie puise dans ses valeurs populaires et son long passé automobile des recettes innovantes pour l'avenir. C'est pourquoi, parallèlement à l'élaboration de la future R4, le bureau d'études présidé par George Ives, sous la direction technique de Fernand Picard, travaille au développement d'un certain nombre de véhicules révolutionnaires. Naissance du "Projet 600"C’est en 1957 que naît dans les esprits des ingénieurs et dessinateurs du bureau d’études de la Régie l’idée d’une voiture « compacte » (un terme qui a été soumis au bureau d'études par la direction), appartenant au même segment que la Dauphine mais totalement révolutionnaire. Car en ce milieu des années 1950, le problème de la circulation des villes devient déjà de plus en plus prégnant, d'où l’idée d’une voiture à l’architecture inversée pour optimiser la taille de l'habitacle. Sous la houlette de Fernand Picard, de l'ingénieur en carrosserie Maurice Holleville, et du responsable carrosserie de la Régie Robert Barthaud, vont être étudiés sous la désignation "Projet 600" (ou "Renault 600") d'incroyables modèles à cabine avancée, avec la collaboration de Ghia. Tout d'abord arrêtons-nous sur cette désignation. Pourquoi "600" ? Ce nombre ne provient pas du système de codes projets Renault. Mais alors d'où sort-il ? Il est possible que la réponse se trouve dans la requête même de la direction : une voiture compacte des années 50 qui optimise l'espace intérieur, dessinée par un Italien, cela vous évoque-t-il quelque chose ? La Fiat 600 Multipla, bien entendu, dessinée par Dante Giacosa et construite sur la même base que la 600 classique, mais avec une optimisation des volumes qui fait d'elle un mini-monospace. Il y a fort à parier que les designers aient parlé de "Renault 600" en référence à cette Fiat 600, espérant de la même façon produire sur une base de Dauphine un véhicule plus spacieux et polyvalent. Le prototype "Renault 600"Car la voiture dite "goutte d’eau" créée par Fernand Picard et son équipe en 1957 part entièrement du châssis Dauphine. Elle conserve également le moteur 845 cc à l’arrière, ce qui confère une allure étrange à sa silhouette. La "600" dessinée par Ghia ressemble à un monospace à l’avant, et à une berline à l’arrière… En installant les sièges avant sur l’essieu avant, La "600" offre une habitabilité avant et arrière record pour une voiture de 4 mètres de long à peine. Le moteur trouve sa place en avant de l’essieu arrière, entre celui-ci et la banquette, ce qui en rend l’accessibilité délicate (obtenue en basculant la lunette arrière), mais permet d’aménager un coffre vraiment spacieux à l’arrière, comme sur une voiture conventionnelle ; le positionnement insolite de la roue de secours juste derrière les sièges avant exploite au mieux l'espace, mais si un modèle de série avait été produit, il y a fort à parier que cela n'aurait pas été au goût de la clientèle... La "Compacte Taxi"En s'appuyant sur l'expérience du premier prototype, Ghia sera encore chargé de dessiner un taxi, qui sera présenté en mai 1958. Si pour la premièr "600", Ghia s'était inspiré des productions américaines du moment, son taxi semble en revanche une référence à sa Floride toute récente... L'avant est assez joli, mieux travaillé et plus élégant que celui de sa devancière. Si l'on ne voyait pas l'arrière, on pourrait croire qu'il s'agit d'un monospace. Hélas, la perspective du coffre allongé en arrière de habitacle gâche clairement l'esthétique. On a beau faire des efforts, les "600" donnent vraiment l'impression d'être montées à l'envers et de rouler dans le mauvais sens... La "Dauphine Familiale"Le designer rémois Philippe Charbonneaux (qui préférait le terme "esthéticien industriel") propose, en juillet 1958, une configuration qui solutionnerait cette impression de "voiture qui recule". Selon Olivier Guin de Car Design Archives : "Au vu de l’argumentaire accompagnant ces esquisses, il est fort probable que cette étude ait été présentée à Fernand Picard et surtout à Yves Georges, le responsable des études chez Renault. Et il se pourrait même que ce projet en particulier ait servi de ticket d’entrée à Charbonneaux puisqu’il signera moins de deux ans plus tard un contrat avec la Régie pour travailler sur la future Renault 8." Ce qui saute aux yeux, cest qu'en dessinant cette Dauphine Familiale sept places, Charbonneaux a imaginé sans le savoir, avec 25 ans d'avance, le monospace du futur (à l'exception de l'emplacement du moteur). Hélas, sa proposition, trop avant-gardiste, ne convainc pas ; une erreur de jugement de la part de Renault, car le designer avait réussi à concilier les contraintes techniques, l'habitabilité et l'esthétique en un seul projet. Il avait même imaginé que ce véhicule pourrait servir de base à toute une série de variantes utilitaires (ambulance, véhicule de livraison, de transport...), même si pour le coup on s'éloignait un peu trop de l'idée d'une Dauphine compacte... Aucun des deux prototypes du projet "600" ne débouchera sur un modèle de série, mais à supposer que la direction ait approuvé le projet, il aurait fallu être un sacré publiciste pour réussir à vendre une telle machine à l’orée des années 60. Cela n'empêchera pourtant pas Renault de continuer à explorer la voie des "voitures à l'envers" avec le Projet 900, hypothétique grande sœur de la Dauphine Compacte et remplaçante potentielle de la Frégate, motorisée par un V8 et conservant la même architecture inversée. Que sont-elles devenues ?Si la Dauphine Compacte Taxi n'a visiblement pas survécu, le premier prototype, longtemps resté secret, sera présenté pour
la première fois (aux côtés d'ailleurs d'un prototype de la
900)dans le cadre d'une exposition qui se tiendra du 15 décembre
1972 au 4 mars 1973 au Pub Renault des Champs-Elysées sous le
titre "Ces Renault que vous n'avez
jamais vues..." La Régie présentera à cette occasion dix prototypes
refusés
et abandonnés, tous repeints en blanc pour l'occasion. Depuis, le prototype a été restauré et est présenté à certaines occasions par Renault Histoire et Collections. Sources : le blog voilavoilavoila, un article de Global par S. Bellu, la page Facebook Car Design Archives, etc.
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La compacte Ghia taxi.
La Dauphine Compacte est longtemps restée avec sa peinture blanche.
Le prototype Renault 600 préservé par Renault.
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