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janvier 2026

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Renault 2 : la première mini-Renault dont on ne sait presque rien...

 

La R2 dévoilée par l"Auto-Journal en 1971 a de airs de japonaise mâtinée d'italienne.! On notera la calandre tout à fait originale.

 

Les formes un peu trop carrées de cette illustration rappellent encore que ce sont les années 60 qui ont vu naître le projet... Avec 5 portes, on aurait pratiquement une Renault 6.

Le jeudi 6 mai 1971, L'Auto-Journal croit pouvoir révéler en exclusivité LA BOMBE Renault ! "une ultra-mini, 4CV-3m", "la moins chère du marché", qu'il présente sous le matricule Renault 2. Le renouveau de la catégorie des ultra-courtes, qui connaît tant de succès au Japon, et à laquelle le journal croit tant, viendrait-il de notre Régie Nationale ?

1971. Voilà déjà 12 ans que la British Leyland vend sa Mini, à toutes les sauces, rustique (Mini 1000), sportive (Cooper S), chic (Clubman), break de chasse même ! (Countryman) indéboulonnable, quasiment sans concurrente. Oh, tout juste est-elle gênée par la Fiat 500 ou par l'Autobianchi A112, mais si peu. Elle semble se démoder, l'on commence déjà à réclamer de ci de là dans la presse spécialisée, une remplaçante plus moderne, notamment au niveau de la carrosserie et de la suspension arrière, raide comme un bout de bois... Pourtant, la BLMC semble vivoter sur ses succès acquis, tant elle se débat par ailleurs dans d'inextricables difficultés. Et c'est dans ce contexte que L'Auto-Journal croit pouvoir révéler en exclusivité LA BOMBE Renault ! "une ultra-mini, 4CV-3m", "la moins chère du marché", qu'il présente sous le matricule Renault 2. Le renouveau de la catégorie des ultra-courtes, qui connaît tant de succès au Japon, et à laquelle le journal croit tant, viendrait-il de notre Régie Nationale ?

Du projet dit "R2", on ne sait pas grand chose. La plupart des informations connues émanent de L'Auto-Journal, et bien que très détaillées, sont à prendre avec des pincettes, puisqu'il est difficle de savoir ce qui relève d'informations solides et ce qui tient de l'élucubration journalistique. Il semble établi qu'il y a bien eu un projet de petite Renault, démarré dès 1968, concomittemment à la Renault 5. C'est une petite voiture, plus petite et urbaine qu'une Renault 4, mais aussi plus moderne et attrayante. Il ne s'agit d'ailleurs pas de remplacer cette dernière, qui est encore un modèle récent et connaît un succès croissant. Le concept est à peu près arrêté vers 1970, ce qui correspond à la présentation du scoop de L'Auto-Journal quelques mois plus tard.

Si l'on se fie aux images publiées, la Renault 2 n'apparaît pas à première vue comme une merveille d'élégance. A vrai dire, il semble difficile de dessiner une voiture qui soit à la fois gracieuse, courte et assez spacieuse pour abriter quatre personnes ; cette dernière condition impose une certaine hauteur à l'arrière si l'on veut que les passagers soient dispensés de contorsions. La 2 se présente comme une mini-voiture deux portes, qui rappelle assez la R6, développée à la même époque. Sa carrosserie est courte et assez pataude, mais le journaliste de l'Auto-Journal pense que "l'oeil s'y fera et finira par la trouver sympathique." L'encadré ci-dessous reprend une grande partie d'extraits de son article.

En considérant la voiture de profil; on est frappé par le fait que le dessin de l'arrière s'apparente à l'école japonaise : les nombreux petits véhicules nippons de 3m de long possèdent presque tous ce pan coupé à 45° entre le toit et l'arrière tronqué, à peu près vertical. Si l'on veut obtenir une longueur hors-tout minimale, il n'est pas question de se permettre la moindre protubérance, comme par exemple celle du coffre de l'Autobianchi A112, modèle qui "atteint" 3,23m, avec d'autre part, un capot un peu long. Au contraire, l'avant de la R2 laisse apparaître de façon visible l'empreinte de Renault. Le capot lui-même rappelle un peu celui de la R8, tandis que le panneau de raccordement situé entre le capot et le pare-brise évoque la R12. La vitre avant s'apparente aussi à celle de ce modèle et contribue à donner à la moitié antérieure de la R2 une forme "en coin" caractéristique de la R12. On remarque l'importance de la surface vitrée et l'inclinaison du grand pare-brise incurvé, qui différencient très nettement la R2 de la R4. En revanche, à l'arrière se trouve un hayon qui descend très bas, jusqu'au plancher, comme celui de la R4. Cette disposition, qui facilite le chargement, confère à la R2 le même caractère utilitaire que les R4 et R6. A l'avant se trouvent deux phares ronds disposés dans un logement carré, ce qui leur donne un peu la même apparence que ceux de la Citroën Dyane. En revanche, les poignées de portes sont bien dans le style Renault.

A droite : seule la petite Honda est un peu plus courte que la Renault 2. On voit clairement que toutes les voitures de même gabarit à l'époque étaient étrangères, d'où l'intérêt de Renault d'investir ce segment.

Si la R2 est très courte, puisqu'elle se contente de 3,02 mètres, elle est d'autre part large, et même très large :1,53 m. Afin de mieux situer ces deux dimensions, rappelons que la R4, de 3,67 m de long, a 1,485 m de large.La 2 CV Citroën a 1,48 m, la Dyane, 1,50m. Parmi les quatre-places très courtes, on relève 1,41m de large pour la Mini, 1,48 m pour l'A112, 1,295 m pour la Honda. Pour trouver une largeur comparable à celle de la R2, il faut monter jusqu'à la R6, qui offre 1,54m, mais avec 3,85 m de long !Autre caractéristique à noter : si la R2 est plus large que la R4, elle est également moins haute : 1,41 m contre 1,55 m. Ces deux éléments contribuent à lui donner une silhouette plus assise, moins haut perchée que la R4, dont "l'altitude" notons-le,est intermédiaire entre celle de la 2CV Citroën (1,60m) et celle de la Dyane (1,50m). En cela, elle est l'ancêtre directe de la Twingo, qui était justement plus large et moins haute que la Clio.

Que trouvons-nous sous le capot de cette voiture ? Naturellement, le moteur actuel de la R4. La puissance fiscale de 4 CV, très populaire en France, représente un seuil qu'il est difficile de franchir avec un modèle résolument économique. Rappelons, par exemple, que les voitures de moins de 5 CV bénéficient d'un tarif spécial aux péages des autoroutes. Le constructeur décidant de s'en tenir à 4 CV, c'est-à-dire 750 cc, a sous la main un moteur éprouvé, construit à des millions d'exemplaires, connu dans toute l'Europe : celui de la R4. Cette mécanique ne pose aucun problème d'entretien ou de pièces détachées.

Evidemment, le moteur est placé non pas longitudinalement comme sur la R4, mais transversalement,, la boîte quatre vitesses étant diposée en bout. On sait qu'il existe à ce sujet deux techniques distinctes en matière de moteur transversal. L'une s'impose en Italie sur les Fiat et Autobianchi, en France sur les Simca 1100. Elle consiste à adopter une boîte séparée, placée de l'autre côté du volant moteur. cette boîte commande à son tour le différenciel placé à côté du moteur. Natuellement, l'encombrement dans le sens transversal de la voiture devient important, ce qui impose une voie large, bénéfique pour la tenue de route. L'avantage que présente cette formule réside dans le graissage distinct de la boite de vitesses et dans la réduction du nombre de pignons en prise entre le vilebrequin et l'arbre de sortie.

L'autre technique, adoptée par la British Leyland et par Peugeot sur ses 204 et 304, situe le moteur au-dessus de la boîte-pont, la pignonnerie de celle-ci baignant dans l'huile du moteur. On peut observer, d'autre part, que la R2 conserve, pour le radiateur, la position frontale classique, alors que la Mini britannique possède un radiateur latéral, ingénieusement placé.

En matière de suspension, on retrouve ici les barres de torsion qui donnent d'excellents résultats sur les R4, R6, R16. A cet égard, la R2 s'annonce plus agréable que la Mini d'outre-Manche, dont la suspension apparaît complètement dépassée. Toutefois nous croyons savoir que certains prototypes de R2 ont reçu à l'arrière un essieu rigide, solution de facilité adoptée sur la R12 qui, on le sait, est loin de procurer le moelleux de la R16, ou encore de la R4. Espérons que le constructeur ne cédera pas, cette fois encore, à la tentation et retiendra la solution la meilleure, dépourvue de toute sécheresse.

Les roues de la R2 ont un diamètre de 12 pouces ; elles sont donc plus petites que celles de la R4, mais beaucoup plus grandes que celles de la Mini, qui ne dépassent pas 10 pouces. Les quatre freins sont à tambour, comme sur la R4 ? On s'étonne de voir un modèle ingénieux renoncer aux disques à l'avant, que proposent désormais toutes les nouvelles voitures, quand elles ne disposent pas de quatre disques. Dans ce domaine, comme dans celui de la mécanique, la R2 recueille l'héritage de la R4. Le constructeur fera certainement valoir que ce modèle est léger, peu rapide et n'est pas destiné, en particulier, à couvrir de longues étapes en montagne. Tout de même...

L'aménagement intérieur se présente de façon originale et ingénieuse ; après une longue étude. Renault a recherché avant tout une formule pratique en adoptant des sièges individuels pliants et escamotables. De cette façon, le volume du petit coffre placé derrière les sièges arrière (il n'y a pas de banquette) peut être augmenté de plusieurs manières, comme le montrent clairement les schémas (ci-contre). Avec trois occupants, et un siège replié, le volume du coffre double ; il tripleavec deux occupants et les sièges arrière repliés. En conservant les deux sièges de gauche, on obtient une longue surface de chargement de quelque 1,70 m. Enfin, si le conducteur est seul, la surface utile est maximale.

La R4 roule à 112 km/h. Avec le même moteur, la R2 atteindra 115 km/h avec une consommation légèrement inférieure (meilleur profil, poids moins important). Elle doit être alors proposée en deux versions, l'une très simplifiée, avec sièges fixes, à 7500 F environ ; l'autre transformable et bien finie, à quelque 9000 F.

La conception de la Renault 2 lui confère une grande modularité, avec des configurations de 1 à 4 places.

Beaucoup de détails très précis dans cet article de L'Auto-Journal, donc, et même s'il y a eu des exemples de soi-disant "scoops" qui étaient bidons, il semble peu probable ici que tout cela ait été inventé par un journaliste désireux de faire un scoop, d'autant qu'à l'époque la réputation d'une revue était une chose sérieuse qu'il ne s'agissait pas de mettre à mal.

Si la "Renault 2" était un projet aussi avancé en 1971, pourquoi Renault y a-t-il renoncé ? L'on peut bien légitimement se demander pourquoi cette auto ingénieuse, redoutable concurrente sur ce marché négligé, ne dépassa pas le stade de l'étude. Plusieurs hypothèses ont été avancées. L'une d'entre elles serait le coût de production trop élevé au regard du prix de vente envisagé. On évoque aussi le peu de foi de la direction dans la pertinence d'une mini-voiture urbaine sur le marché des véhicules à moteur d'alors, mais cette explication ne semble pas tenir la route, car on l'a vu, les petites voitures ont le vent en poupe en ce début des années 70. Une troisième explication, plus convaincante, serait la préférence de la Régie pour la Renault 5, programme de plus grande envergure, déjà bien avancé, et susceptible de se vendre en bien plus grand nombre en France comme à l'international. Il ne s'agissait pas de compromettre le succès de la 5 avec une autre nouveauté.

Et si c'est bien là ce qui a conduit à l'annulation de la Renault 2, on peut légitimement en conclure que le calcul était bon : la future "Supercar", lancée en janvier 1972, avec sa carrosserie moderne, ses teintes flashy son hayon et ses boucliers indéformables, allait rencontrer d'emblée un succès incroyable, se permettant même, malgré un prix de vente supérieur, de se vendre mieux que toutes ses concurrentes, tout en réutilisant nombre d'éléments éprouvés (et amortis !) auparavant sur la Renault 4, les Dauphine et les Renault 6. Bénéficiant d'une image jeune et branchée, elle était aussi une première voiture idéale pour les jeunes, ce qui n'aurait pas été le cas si la Renault 2 avait été mise en vente.

Mais quelle qu'ait été la vraie raison de l'abandon de la Renault 2, pourquoi dans ce cas avoir presque aussitôt relancé un programme dit VBG (Véhicule Bas de Gamme) visant à produire un véhicule similaire ?

Sources : le site El Carro Colombiano, le blog voilavoilavoila, L'Auto-Journal, et un texte de Jean Mistral

 

 

 

Deux photos censées représenter la Renault 2 en ville. L'absence de logos est compréhensible, mais la plaque minéralogique l'est beaucoup moins.