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janvier 2026

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Alpine de ville : l'autre cube roulant français

 

Le prototype Alpine de ville présenté par Renault Classic lors d'événements.

Le même prototype a subi les outrages du temps et nécessite une restauration.

Le volant est celui d'un coupé Alpine. La planche de bord est très rudimentaire.

Le siège central avant est manquant car le véhicule est en cours de restauration.

Les passagers arrière sont assis de part et d'autre du moteur central.

La visibilité à bord est impressionnante de toutes parts.

Les roues sont celles d'un élévateur Fenwick.

 

 

 

 

À première vue, impossible d’imaginer Alpine derrière ce drôle de véhicule à roulettes. Et pourtant, le "Cube" a bien été créé par le fondateur de la marque dieppoise en 1970. Mais quel pouvait bien être le but de Jean Rédélé avec ce concept sur base de Renault 4 ?

Lors de la commémoration des 70 ans d’Alpine, fin mai 2025 à Dieppe, une exposition était organisée sous une tente de 1100 m². Plus de 30 véhicules étaient réunis afin de permettre au grand public de (re)découvrir l’histoire de la marque devenue mythique grâce à un modèle : l’A110. Si la fameuse Berlinette était présente sous toutes ses formes aux côtés d’autres modèles emblématiques, ce n’étaient pas les seules attractions sous le chapiteau. En effet, un drôle d’engin a attiré la curiosité de nombreux visiteurs. Son surnom : le "Cube". Son vrai nom, en revanche (si tant est qu'il en ait eu un) n'est pas bien clair : selon certaines sources, ce serait "Alpine de ville" ; pour d'autres, "Mini-Alpine" (qui toutefois était aussi le nom donné à l'Alpine A220).

Un surnom de circonstance

Ce "Cube" n'a pas volé son surnom, puisqu'il prend la forme d’une boîte de 1,59 m de côté sur 1,59 m de haut, avec une longueur légèrement supérieure à 2,06 m : des dimensions qui permettaient de se garer face ou dos au trottoir. Toutefois, l'empattement réduit demandait une certaine finesse au freinage si l'on voulait éviter de se faire double par ses propres roues arrière.

Pour réaliser son "Cube", Jean Rédélé a emprunté des pièces à droite et à gauche, même si la base est une plateforme de 4L raccourcie. Le moteur de 782 cm3 (30 ch), installé en position centrale arrière, provient lui aussi d’une Renault 4, tout comme la boîte dont le levier au tableau de bord est très reconnaissable. La coque est en fibre de polyester, comme sur une A106, ce qui permet un poids total de 960 kg. L'assemblage, qui se fera à l'usine de Thiron-Gardais, dans l'Eure-et-Loir (créée en 1967 pour décharger Dieppe d'une partie de la construction) est réalisé par collage, un principe qui sera repris plus tard sur les GTA.

Le véhicule, qui partage ses feux avant et arrière avec ceux d’une Renault 12, est juché sur des roues d’élévateur Fenwick ! D’après Pascal Galtier, manager chez Alpine en charge du musée éphémère, « Le Cube pouvait atteindre la vitesse maximale de 90 km/h », même si l'on imagine mal vouloir atteindre pareille vitesse à bord de cet engine.

Un habitacle rudimentaire pour cinq passagers

L’accès à bord du Cube se fait via quatre petites portes dont le mécanisme d’ouverture est emprunté à la Citroën 2CV. L’habitacle est simpliste au possible avec pour seuls instruments un compteur de vitesse, un odomètre et deux jauges pour le carburant et la température d’eau. Installés dans des sièges en plastique, les occupants dominent la route et profitent d’une excellente visibilité vers l’extérieur avec ces maxi-vitres en polycarbonate.

Même si ce n'est pas évident d'après les photos, le véhicule a bien été pensé pour accueillir cinq passagers. Jean Rédélé imaginait installer trois occupants à l’avant et deux à l’arrière, de chaque côté du moteur placé en position centrale. Propriété de Jean-Charles Rédélé, fils du fondateur, le "Cube" est en cours de restauration.

Un cube, mais pour quoi faire ?

Malgré ses faux airs de Papamobile. ce modèle n’a pas été imaginé pour promener le souverain pontife, ni même des visiteurs de marque dans les locaux d'Alpine. En 1970, Jean Rédélé avait bien pour projet de réaliser un véhicule urbain, dont le "Cube" était l’ébauche. Malheureusement, le projet va avorter, car le constructeur dieppois a besoin de mobiliser ses capitaux pour d’autres projets, notamment l’A310, venue seconder l’A110 en 1971. Toutefois, le lancement difficile du coupé 2+2 va aggraver les difficultés financières d’Alpine, et en 1973, Renault prend une participation majoritaire dans le capital de la marque. La perte d’indépendance d’Alpine aboutit en 1978 au départ de son fondateur, marquant du même coup la fin des projets qu’il portait.

Textes adaptés d'un article de Géraldine Gaudy pour L'Argus

 

 

Le premier "cube" automobile était aussi français

La toute première voiture à explorer les avantages de la forme cubique fut Quasar-Unipower du designer français N’Guyen Manh Khanh, plus connu sous le nom de Quasar Khanh. Né au Vietnam en 1934, ce touche-à-tout, ingénieur de formation, a surtout été connu du grand public pour ses talents de designer durant les années 60, une époque où toutes les excentricités étaient possibles. Il est le premier à avoir imaginé toute une gamme de mobilier gonflable, une idée très largement copiée depuis. Jamais à court de concepts novateurs, il réfléchit au milieu des années 60 à une voiture aussi transparente que ses meubles, un objet de mobilité original, capable de susciter l'étonnement des passants.

Il imagine alors un cube de verre sur roues, dépourvu de toute carrosserie en acier ou en matériaux composites. Mesurant 180 cm de long et 170 cm de large, cette véritable véranda roulante est capable de transporter jusqu’à 5 personnes et possède pas moins de 6 portes coulissantes réparties sur tous ses côtés. Pour la fabriquer, il se tourne vers le constructeur britannique Unipower qui fabrique alors une étrange voiture de sport sur base de la Mini. En 1967, la Quasar-Unipower est présentée officiellement.

Placé sous la banquette arrière, son moteur est issu de la Mini. Il s’agit d’un 4 cylindres de 1.100 cc associé à une boîte automatique. La vitesse maximale de l’engin tourne autour de 80 km/h mais il faut toutefois avoir le courage de rouler aussi vite lorsqu’on sait que sa carrosserie n’est quasiment composée que de verre et que le conducteur se retrouve le nez presque collé à une grande porte, alors que la colonne de direction est placée presque verticalement. Il faut ajouter que la voiture est dépourvue de chauffage et de climatisation, ce qui limite encore son utilisation.

L’originalité de la Quasar-Unipower et ses aptitudes routières très limitées en font avant tout un véhicule d’image. Le célèbre magazine Elle en utilise notamment deux et photographie l’une d’elles avec des mannequins habillés en robes de mariées. Cependant, l’heure de gloire du modèle arrive avec le film de Michel Audiard Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… elle cause !, dans lequel elle est conduite par l’actrice Mireille Darc. Il est fort probable que ce cube roulant ait inspiré Jean Rédélé pour son propre projet, même si le traitement est différent (côtés partiellement couverts, fenêtres ouvertes). Renault s'est également intéressé à la Quasar-Unipower au tout début du projet X05 IRIS. >> Voir la page sur le sujet

Encore aujourd'hui, la Quasar-Unipower suscite l’étonnement partout où elle passe. En deux ans, on estime que seulement 15 Quasar-Unipower ont été produites, dont la quasi-totalité ont été exportées en France. Aujourd’hui, seuls cinq exemplaires auraient survécu, dont seulement trois seraient encore en état de rouler. Autrement dit, la bête est très rare, et il se murmure que sa valeur est supérieure à la barre des 100.000 euros...

D'après un article de Maxime Hérion pour Autoclassic.be

 

Rare photo d'époque de l'Alpine de ville.

Une photo qui donne une idée des dimensions modestes du véhicule.

Les systèmes de verrouillage des portes proviennent d'une Citroën 2 CV.

Les attaches rapides au niveau du cache moteur sont empruntées à une Méhari.

Le pommeau de levier de vitesses est bien celui d'une 4L.

Les feux rectangulaires de la R12 sont reconnaissables à l'arrière.

Le châssis est celui d'une Renault 4 raccourci.