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janvier 2026

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Plein Air "Terre des Hommes" : un morceau d'histoire québécoise

 

Inaugurée par le premier ministre québécois Jean Drapeau le 17 mai 1968, "Terre des hommes" était une exposition estivale permanente, installée à Montréal et faisant suite à l’inoubliable exposition universelle « Expo 67 » qui a marqué à jamais l'histoire de la Belle Province. Deux jours avant cette inauguration, Renault présentait officiellement un véhicule atypique, dont l’histoire allait se mêler à celle des attractions qui peuplaient les îles Notre-Dame et Sainte-Hélène.

Bien qu’elle ait été vendue au Québec, la Renault 4 n’a pas laissé un souvenir impérissable pour les Québécois. Tout le contraire de la France, et même de l'Europe occidentale, où elle conserve une place de choix dans l’imaginaire collectif. En 1968, Renault en décline la Plein Air, l'une de ces « voitures de plage », très à la mode à l'époque (comme l'Austin Mini Moke ou à la Citroën Méhari). Hélas, cette Renault 4 ouverte au grand air ne rencontre pas le succès escompté, et la faiblesse de ses ventes conduira à son retrait, deux ans après son introduction.

Renault affirme avoir fourni une vingtaine de Plein Air à l’exposition "Terre des Hommes", sans plus de précisions. L'une d'entre elles, qui porte le numéro de fabrication 524, est la seule qui ait été conservée par la Société du parc Jean Drapeau. Si l’on en croit son certificat d’immatriculation québécois, il s'agit d'un modèle 1970, ce qui est logique puisque Renault a cessé la production la même année, et que le numéro de série fait partie des plus élevés.

Précieusement gardée dans un entrepôt, elle n'affiche qu'un peu plus de 15000 km au compteur. Ces Plein Air québécoises étaient utilisées pour transporter des gens ou du matériel lorsque "Terre des Hommes" était encore en activité. Restaurée il y a quelques années, elle n’a pratiquement pas été utilisée depuis sa remise à niveau. Vous pouvez constater au travers de toutes les photos de cette page qu'il s'agit d'un exemplaire en état de conservation parfait.

L'avis d'un Québécois sur le modèle

Le journaliste automobile québécois Julien Amado a pu conduire la Plein Air "Terre des Hommes", et en a rapporté un compte-rendu très sympathique. Il est en effet très intéressant de voir quelque chose qui nous est familier par le prisme du regard de quelqu'un d'extérieur. Voici ce qu'il écrivait dans Essais le 1er novembre 2021 :

« Le volant, à la jante très fine, est si grand que les mains et les cuisses se touchent à chaque manœuvre. Face au conducteur, un gros morceau de plastique beige fait office de tableau de bord. Ajoutez un compteur de vitesse, une jauge à essence, quatre voyants lumineux, un cendrier… et c’est à peu près tout. Il y a néanmoins une chaufferette, ainsi qu’un système de dégivrage qui se résume à deux rectangles de plastique à faire pivoter manuellement en direction du pare-brise.

Après avoir tiré sur la commande de l’étrangleur (aussi appelé le choke), le moteur démarre d’un tour de clé et se stabilise rapidement sur son régime de ralenti. L’échappement latéral, débouchant côté gauche, permet aux occupants de respirer les vapeurs d’essence à pleins poumons. Les systèmes de dépollution n’existaient pas encore et cela se sent!

La boîte manuelle, aux rapports inversés, demande un peu d’habitude. La commande, disposée à droite du volant, se manie différemment d’un levier logé sur le plancher. Pour passer la première, il faut tirer vers soi, pousser vers le tableau de bord pour la seconde et ainsi de suite jusqu’à la quatrième. Pour revenir au neutre, une marque circulaire usinée dans le levier permet de se repérer et d’éviter les calages intempestifs.

Première engagée, la R4 décolle en douceur, l’embrayage comme l’accélérateur faisant preuve d’une bonne progressivité. Les rapports passent facilement tandis que la vitesse grimpe lentement. Avec deux passagers à bord, la Plein Air n’a aucune peine à atteindre les 50 km/h. Mais il est peu probable qu’elle soit capable de dépasser les 100 km/h… Nous ne l’avons pas encore évoqué, mais le capot abrite un tout petit moteur. Il s’agit d’un 4 cylindres atmosphérique de 845 cc développant 30 chevaux et 43 lb-pi. Heureusement que le poids contenu de la voiture (un peu plus de 600 kg) l’aide un peu.

Dotée d’une direction à crémaillère non assistée, la Renault 4 ne fait pas souffrir les avant-bras grâce à son poids contenu et ses petits pneus (135 mm de large). En revanche, son diamètre de braquage est étonnamment long pour un véhicule de cette taille. Dire que le train avant brille par sa précision serait mentir, mais c’est tout de même bien mieux qu’une grosse américaine vendue dans les années 60. On ne peut pas en dire autant du freinage, dont les quatre tambours ralentissent la voiture plus qu’autre chose. Il faut aussi veiller à ne pas accrocher l’accélérateur quand on freine, les deux pédales étant particulièrement rapprochées.

De leur côté, l’épaisse banquette ainsi que les suspensions (indépendantes s’il vous plait !) travaillent de concert pour ménager un bon confort aux occupants. Les routes du parc Jean Drapeau sont globalement bien revêtues, mais les quelques creux et bosses abordés avec la voiture ne laissent planer aucun doute concernant la douceur de roulement que procure la R4.

Grâce à l’absence de portières et de toit, la visibilité est panoramique. Cette carrosserie totalement ouverte devait aussi être très pratique pour transporter des personnes ou du matériel entre les pavillons de Terre des Hommes. Si le pare-brise ne diminuait pas la visibilité des conducteurs mesurant entre 5,8 et 6 pieds, ce serait parfait! Par ailleurs, la voiture devait être plaisante durant les mois d’été, avec l’air ambiant apportant de la fraîcheur. Avec 6° et un ciel voilé le jour de notre essai, c’est plutôt une meilleure chaufferette (à l’efficacité toute relative) que nous aurions aimé avoir!

Lancés pour quelques tours du circuit Gilles Villeneuve, nous n’avons pas arrêté de sourire au volant de cette voiture devenue anachronique dans la circulation actuelle. Grâce à sa conduite amusante et délicieusement datée bien sûr, mais aussi par l’émotion procurée par la conduite de ce morceau d’histoire, en empruntant les mêmes routes qu’elle arpentait sans relâche 50 ans plus tôt. »

Texte repris pour la plus grande partie du site Le Guide de l'Auto.