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janvier 2026

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Arnault K5T : Tarantelle, Taïga et Toundra

 

La Toundra, présentée ici au Salon de l'Auto en 1970.

Le pick-up Toundra utilisé sur le circuit de Monthléry pour arrêter les incendies

La banquette unique qui pouvait accueillir jusqu'à trois occupants.

Le système de fermeture du hayon, rustique mais très efficace.

Cette Toundra en assez piteux état arbore les marquages Renault sur sa calandre et son hayon, preuve qu'elle n'est pas d'origine.

Bien que spécialisée depuis les années 50 dans la transformation de voitures à des fins publicitaires et autres, la Carrosserie Automobile H. Arnault de Garches (aujourd'hui dans les Yvelines) est surtout connue pour avoir commercialisé trois véhicules réalisés sur une base de Renault 4 fourgonnette type 2106 version "piste" : un torpédo (la Tarantelle), un véhicule à cabine ouverte (la Taïga) et un pick-up fermé (la Toundra)... trois véhicules qui en réalité n'en faisaient qu'un, comme nous allons le voir.

Les établissements Arnault avaient ajouté au cours des années 60 la fibre de verre à leur éventail de compétences. En 1968, Arnault présenta le prototype d'une "camionnette" (l'usage de ce mot pour un torpédo peut faire sourire aujourd'hui), dont la version définitive fut lancée en 1970, sous la désignation K5T. Comparé dès sa sortie au Rodéo d'ACL qui venait également de faire son apparition, le K5T avait comme lui une carrosserie en stratifié, avec des résines renforcées de fibre de verre, et sa mécanique ainsi que son moteur 850 cm3 étaient empruntés à la Renault 4. Trois variantes étaient proposées :

Cette première version, la version de base, était un torpédo assez similaire à celui de Sinpar, avec 2 à 3 places assises et un plateau arrière ouvert. Entièrement ouverte, seules des cordes latérales assuraient la sécurité des occupants dans les virages.

Cette seconde version présentait un toit sommaire et des montants vitrés sur les côtés, permettant éventuellement d'accrocher une bâche de protection à l'arrière, mais la cabine, en revanche, restait ouverte sur les côtés. Une paroi de séparation d'avec la plateforme était également adaptable.

Cette troisième version, la plus aboutie, offrait une cabine entièrement fermée. Il n'est pas étonnant que ce soit elle qui ait eu un peu plus de succès, même s'il n'y eut pas beaucoup de K5T produites entre la commercialisation en 1970 et la fin de l'activité de l'entreprise deux ans plus tard.

Arnault misait sur la modularité d'une carrosserie de base (celle de la Tarentelle) sur laquelle pouvaient être ajoutés les éléments de la Taïga et de la Toundra. La brochure de l'entreprise spécifiait que les portes et la cabine étaient "démontables en 3 minutes".

Trois versions en une, donc. Le profond plateau, muni de crochets d'arrimage, et fermé par un hayon solidement verrouillé, supportait une charge de 415 kg sur la Tarentelle, de 400 kg sur la Taïga, et de 385 kg sur la Toundra.

Une triste fin

Malgré ses atouts indéniables, la K5T souffrait d'un handicap contre lequel elle ne pouvait pas lutter : bien que les établissements Arnault fussent géographiquement très proches de Renault, la Régie avait choisi la Rodéo de leur concurrent auvergnat ACL (Teilhol à partir de 1978) pour figurer officiellement dans sa gamme. La K5T, qui arborait le logo Arnault sur sa calandre (un losange également, mais à l'horizontale) n'était pas une Renault, et la Rodéo allait bénéficier quant à elle de moyens importants pour sa promotion, contre lesquels Arnault ne pouvait pas lutter... L'entreprise, qui avait investi beaucoup dans ce projet, cessa donc la commercialisation de la K5T en 1972, soit deux ans après son lancement, et finit par mettre la clé sous la porte.

L'ange gardien de Monthléry

De toutes les K5T construites, une seule a marqué durablement les esprits. Il s'agit de celle qui avait pour mission de circonscrire les débuts d'incendie lors des compétitions automobiles disputées sur le circuit de Linas-Monthléry au cours des années 70.

À cette époque-là, en effet, les pilotes de voitures de course couraient sur de véritables bombes roulantes. Le moindre accrochage ou la moindre sortie de piste pouvaient avoir des conséquences dramatiques. Voilà pourquoi tous les circuits automobiles possédaient un véhicule d'intervention rapide, capable d'éteindre les premières flammes et de freiner l'extension du sinistre en attendant l'arrivée d'un véhicule plus gros, plus lourd, et donc plus lent.

À Monthléry, c'était à une Arnault K5T toute rouge que revenait cette lourde tâche. Elle commença son office en 1971, dotée de deux petits et deux gros extincteurs, de deux réservoirs sphériques, de tuyaux, et même d'une petite échelle dépliable d'appoint, suffisante pour un circuit.

Article élaboré en partie grâce au fascicule Hachette de la miniature 1/43e

 

Une page de la brochure d'époque spécialement restaurée pour ce site.

Une série de photos tirées de la brochure, et montrant la séquence d'ouverture de la capote de la Toundra. Des bâches latérales pouvaient aussi s'ajouter.

Les rares Toundra survivantes nécessitent un gros travail de restauration.

Les Toundra sont très rares. Celle-ci a été restaurée et customisée, comme on peut le voir à ses jantes, à sa calandre, mais aussi à ses sièges.