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janvier 2026

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René Bonnet Missile : la belle Campinoise

 

 

 

 

 

On l'a oublié aujourd'hui, mais Champigny-sur-Marne fut durant quelques années un lieu presque aussi prestigieux que Dieppe en matière de coupés sportifs...

René Bonnet a commencé dans l'automobile un peu avant la guerre, lorsqu'il créa en 1938 avec Charles Deutsch une auto à moteur Citroën. Après la guerre, Deutsch et Bonnet s'associent de façon plus officielle en fondant en 1947 la société D.B. afin de fabriquer des voitures de course. Le constructeur privilégie dès le début les mécaniques Panhard qui leur assureront de bonnes places d’honneur à défaut de victoires. L'un de leurs modèles finira 10e aux 24h du Mans 1956, signant par la même occasion la victoire à l’indice de performance avec une voiture de classe 750 cm³.

Panhard apprécie la bonne publicité qui lui est faite, et fait même de D.B son écurie officielle en 1959, même si les deux fondateurs de l'entreprise montrent de plus en plus de divergences dans leur vision des choses. En effet, Deutsch, fidèle et conservateur, reste accroché à l'idée qu'une bonne auto doit être une traction avant légère, aérodynamique et mue par un moteur Panhard ; Bonnet, quant à lui, imagine sa sportive comme un coupé à moteur central arrière, n'a pas d'attachement particulier à Panhard et prendra le moteur qu'on voudra bien lui fournir, d'où qu'il puisse venir !

Ces divergences vont conduire René Bonnet à s'allier à Renault, Gordini, Chappe & Gessalin et Matra Sports pour lever des fonds et créer en 1962 sa propre marque, basée à Champigny-sur-Marne. Il reprend le développement de la Le Mans, en la basant cette fois sur une mécanique de Renault Estafette. La base reste inchangée, mais le capot reçoit une prise d’air plus volumineuse, puisque le quatre cylindres en ligne, qui développe 70 ch, demande plus de place que le petit Flat-Twin de Panhard. Ce sera la Le Mans Grand Luxe, avec ses doubles feux avant, construite à environ 60 exemplaires.

Dès la sortie de la Renault 4, Bonnet s'y intéresse car elle repose sur quatre roues indépendantes. Il décide donc de créer un nouveau modèle autour de cette voiture : ce sera la Missile, une stricte deux places sportive dotée d'un moteur de Dauphine 1093 de 845 cm³ qui va lui fournir 55 ch de puissance. Il va même y ajouter les freins à disques de la toute nouvelle Renault 8.

La René Bonnet Missile s’habille d’une carrosserie composite fabriquée par Chappe & Gessalin, et bien que très ressemblante à celle de la Le Mans, c'est une nouvelle voiture complètement différente : plus petite, encore plus légère (560 kg), beaucoup mieux dessinée et épurée, offrant des performances très correctes pour une voiture de cette puissance, surtout pour un cabriolet, puisqu’elle monte jusqu'à 150 km/h.

Malheureusement, cette voiture pleine de qualités n’évoluera pas. La fautive est rien moins que le nouveau projet de René Bonnet, la Djet, un autre coupé sport qui fait également appel à des mécaniques Renault mais qui a enfin un moteur central arrière. La René Bonnet Missile se vend bien, mais la production de la Djet, en dépit des 198 exemplaires déjà vendus, a mis le constructeur en difficultés. Il doit donc se résoudre en 1964 à vendre son affaire à Matra, qui crée ainsi son département automobile. Quand la Djet passe dans le giron de Matra, elle n’a qu’un an, et la marque de Romorantin va continuer de la commercialiser sous son nom. La Missile en revanche, malgré 297 exemplaires produits en deux ans (ou 312, selon certaines sources), ne sera pas reprise par Matra.

La Missile est réputée de conduite facile, avec une bonne tenue de route et sans défaut majeur, malgré une qualité de finition perfectible, un pédalier mal conçu et quelques soucis d'étanchéité. Impossible de savoir combien de René Bonnet Missile ont survécu. Ce qui est sûr, c'est qu'il s'agit d'un modèle rare, performant et plutôt plaisant, dont le prix avoisine les 25000 euros.

Texte élaboré à partir de différentes souces