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janvier 2026

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Les R5 de Léotard : berlines à 6 roues !

 

Un arrière rehaussé avec des vitres fumées sur ce modèle 6x6 tiré de la R5 TS.

Six roues, déjà, ce n'est pas banal... mais à transmission intégrale, c'est dingue !

Descendre les marches du Trocadéro à Renault 5 à six-roues, succès garanti !

On note sur toutes ces photos l'ajout du spoiler qui réduit la trainée

Tirée d'une Renault 5 Alpine, cette R5 à six roues conserve le hayon classique.

 

 

Pourquoi 6 roues ? "Pour la frime", répondait Christian de Léotard ; et il ajoutait : "Baladez vous aujourd'hui au volant d'une Ferrari, d'une Porsche Turbo ou d'une Rolls blanche cabriolet, personne ne vous remarque; mieux, vous faites figure de play-boy sur le retour. En revanche, avec une R5 à six roues, toutes les têtes se retournent". Boutade ? Peut-être, car Christian de Léotard ne se prenait pas trop au sérieux.

Avec un bac classique et un diplôme d'électromécanicien en poche, une formation complémentaire de carrossier, ce jeune homme de bonne famille, un peu bohème, ex-restaurateur de voitures anciennes, et débordant d'imagination en ce qui concerne l'automobile (particulièrement dans le domaine des transmissions) se définissait comme un "autodidacte". C'est à la suite d'un stage chez Rover en Angleterre en 1978, où il avait été à l'origine de la réalisation de la Range 6x6, qu'il décida, une fois rentré en France, de construire une Renault 5 sur le même principe.

Il commença à travailler avec Pierre Tissier, qui gérait depuis quelques temps déjà la société ADPT (Application Des Procédés Tissier), à l'origine des Citroën multi-roues, et collabora à la création d'un véhicule de dépannage construit à partir des éléments d'une DS 23 qui permettait de transporter en même temps une voiture hors d'état de rouler et ses passagers. Tissier lui démontra qu'une voiture n'avait pas forcément quatre roues et le renforça dans sa conviction. Il fonda alors, en concurrence avec Pierre Tissier, la société ADPL : Application Des Procédés Léotard, avec laquelle il allait réaliser trois Renault 5 à six roues, toutes différentes car ne dérivant pas d'un même modèle. Renault 5 TS, Renault 5 Alpine, et enfin Renault 5 Turbo 2.

La Renault 5 TS à six roues motrices

Grâce à la société SINPAR, spécialiste des transmissions à 4 roues motrices, qui mit à disposition le matériel nécessaire, il put réaliser son projet en quelques mois : une Renault 5 TS transformée en véhicule tous-terrains à six-roues motrices ! Outre les 6 roues, elle se différenciait du modèle de série par un châssis renforcé à l'aide de deux tubes carrés montés en parallèle sur les longerons, un poids plus élevé (980 kg contre 800 kg) et bien sûr une longueur plus importante (4.21 m contre 3.5 m). La transmission était du type hydrostatique, suivant un brevet de Léotard (principe utilisé sur les chenillettes Halftrack et sur les engins de travaux publics), qui permettait une plus grande souplesse que la transmission mécanique.

Le volume du coffre passait à 2,4 m3. Sur le plan du comportement routier, le constructeur estimait que la tenue de route était améliorée de 70% et le freinage, grâce aux six disques, de 33%. En virage, les quatre roues arrières se répartissaient la prise en charge de la force centrifuge, chaque pneu devenant moins sensible à l'effet de dérive. Volant en main, le gain était aussi convaincant que celui de la traction intégrale, notamment sur chaussée mouillée.

6 roues motrices, système SINPAR, transmission "hydrostatique" et une vitesse de 160 Km/h... Un nouveau concept était né. Léotard s'en expliquait ainsi : "C'est dans un but de sécurité que j'ai créé cette voiture. La technique des six roues transforme radicalement une berline au niveau de la tenue de route et du freinage, mais surtout au niveau de la charge utile. La voiture supporte allègrement 700 kg de charge pour une consommation de 10/11 litres maximum. A l'heure des économies d'énergie c'est, je crois, un bon argument. J'ai bon espoir d'intéresser l'administration, car c'est une voiture qui serait particulièrement bien adaptée pour les interventions d'urgence de la police, des pompiers et du SAMU. Ce serait par exemple, un excellent véhicule de désincarcération, il y a la place, selon les normes AFNOR, pour y installer le matériel nécessaire".

La Renault 5 Alpine à six roues motrices

Christian de Léotard s'attaqua ensuite à une seconde Renault 5 à six roues, se servant cette fois d'une Renault 5 Alpine comme véhicule de base. Contrairement à la première, qui présentait une marche dans le toit au niveau du montant B, cette second voiture allait être toute droite depuis le haut du pare-brise jusqu'au hayon. Pour transformer la voiture, le coût de la transformation de carrosserie et de mécanique de l'époque était d'environ 40000 francs. Également construite avec six roues motrices, elle pouvait monter jusqu'à 165 km/h. Et grâce à sa participation au Paris-Dakar, conférer à Léotard une brève heure de gloire, avant de retomber dans l'oubli.

© Corinne de MaruyLa Renault 5 Turbo à six roues

C'est à la suite du Paris-Dakar auquel avait participé la Renault 5 Alpine 6×6, que Christian de Léotard à souhaité remercier Renault en créant, pour l'un des directeurs, une Renault 5 hors pair sur une base de Renault 5 Turbo. Il était prévu qu'elle fasse de la figuration dans un garage à Paris pour booster les ventes de Renault. Renault n’ayant jamais fait de 4×4 jusque dans les années 2000 (c'était toujours SINPAR qui modifiait les véhicules).

Les systèmes SINPAR étant trop fragiles et inadaptés, il n’existait alors aucune autre mécanique utilisable pour en faire un 6×6, et Léotard décida de mettre deux moteurs dans cette Turbo à 6 roues. Il l'a d'ailleurs décrite comme "un train muni de 2 locomotives, une à l’avant et une à l’arrière, synchronisées ou non, en fait chaque moteur entraîne une paire de roues, ils peuvent fonctionner en même temps ou non."

Chaque moteur était complet et équipé de sa boite de vitesse (de même modèle), et un système de tringles ramenait les commandes de boîtes sur 2 leviers de vitesse couplés par un pantographe de Léotard. En changeant les vitesses d’un moteur, on changeait automatiquement les vitesses de l’autre moteur. Ill était possible de ne rouler qu’avec un seul moteur, ou bien avec les deux. Et la consommation était moindre sans le moteur turbo...

Les sièges avant devaient pouvoir basculer et laisser l’accès à une banquette arrière, en avant du moteur turbo qui était resté sur le dernier essieu arrière, 90 cm plus loin. Par ailleurs, il y avait aussi un siège baquet central à l'arrière, sur lequel le propre fils du carrossier prenait place durant les voyages dans cette voiture. Et même si elle a pas mal roulé, elle n'a jamais été totalement finie et n'est jamais allée dans ce garage parisien qui devait normalement l'accueillir.

Et puis en 2003, quelque part dans Paris, un incendie se déclare dans un garage. Ce n'est pas n'importe quelle voiture qui brûle, c'est la Renault 5 Turbo 2 à 6 roues. Christian de Léotard, dépité. avait envie de la refaire, mais n'avait plus beaucoup de documents à son propos... Et puis il a une idée lumineuse, où est-ce qu'on trouve tout aujourd'hui ? Sur Internet ! Il se met sur son ordinateur, va sur Google, et tape : "Christian de Léotard" et là, stupeur, il découvre le site d'un passionné de son travail ! Ils finissent par se rencontrer, et Léotard reprend confiance dans son projet.

Pour une raison inconnue, la voiture finit par être stationnée dans un garage près de Nevers, un n moulage de sa carrosserie devant être fait afin de produire une dizaine de copies sur base de Clio Sport 6 roues. Hélas, nouvelle catastrophe : un incendie criminel détruit totalement le garage et tous les véhicules qui s'y trouvaient. La six-roues n'est plus qu'une carcasse. Des passionnés espèrent pouvoir la sauver, mais les autorisations pour accéder au garage et retirer la voiture tardent à venir, le lieu est vandalisé, des éléments retirés du véhicule déjà très défiguré, et la carcasse rouille de plus en plus, rendant désormais peu probable sa récupération et sa restauration telle qu'à l'origine.

Texte retravaillé d'après les articles de Molki, notamment sur les défunts sites De Léotard et Oto 6, et de Marc sur le site Sixmania.

 

Une illustration mettant en scène la Renault 5 Turbo 2 à 6 roues, signée sklobeton.studio.

Une six-roues Léotard obtenue à partir d'une Renault 5 Turbo 2.

Après l'incendie parisien, la reconstruction va être longue et laborieuse...

La Turbo 2 à 6 roues a hélas été victime d'un second incendie, criminel celui-là.