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janvier 2026

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Renault 11 Cabriolet : Alliance à la française

 

Quand Heuliez créa ce prototype, il était pimpant et très élégant...

Dans les réserves de Cerizay en 2009, le même prototype bien fatigué.

Le prototype a été rachetée aux enchères pour une poignée de clous, mais avec beaucoup de travail en perspective...

La Renault 11 Cabriolet après son acquisition par Kévin.

Le compteur kilométrique, qui affiche 725 km alors qu'elle n'a jamais roulé !

 

 

La vente aux enchères chez Artcurial de la collection de prototypes Heuliez le 7 octobre 2012 a fait ressurgir quelques raretés, parmi lesquelles un cabriolet Renault 11 qui n'avait jamais fait l'objet de la moindre communication de la part de la marque de Cerizay...

Le carrossier Heuliez, situé à Cerizay dans les Deux-Sèvres, a longtemps été l'un des fleurons de la carrosserie industrielle à la française, avant de fermer définitivement ses portes à la suite d'une liquidation judiciaire prononcée en septembre 2013. L'année d'avant, il s'était vu obligé de vendre aux enchères toute sa collection de prototypes uniques, pensant pouvoir en tirer suffisamment pour pouvoir survivre. Hélas, la vente fut désastreuse, et beaucoup des prototypes furent vendus pour des sommes dérisoires. Parmi eux, une Renault 11 unique en son genre.

Une genèse mystérieuse

On suppose que la voiture aurait été construite sur une base de Renault 11 GTL, entre 1983 et 1985. Toutefois, aucun document n'est venu retracer l'histoire de la voiture, hormis une fiche rédigée en 1991, pour l'intégration du conservatoire Heuliez. Par ailleurs, les deux photos d'époque incluses dans la documentation du constructeur montrent un prototype terminé doté de jantes spécifiques, d'une vraie capote et d'un habillage sombre sur les bas de portières, autant de détails absents du prototype incomplet vendu en 2012, ce qui semble corroborer l'idée qu'il y a eu non pas un, mais deux prototypes produits par Heuliez (le porte-clés en plastique attribué à la voiture portait en effet la mention suivante : "D37X Renault 11 cabriolet N° 2).

Alors que la plupart des prototypes et concept-cars Heuliez ont fait l'objet d'une présentation publique ou d'une promotion quelconque, cette Renault 11 était inconnue avant cette mise en vente. S'agissait-il d’une commande de la part de Renault à Heuliez ? Ou bien le carrossier Deux-Sévrien avait-il pris, comme il le faisait souvent, l’initiative de ce prototype dans l’espoir de le voir fabriqué en série ? L'absence de communication sur le projet, mais aussi la désignation du prototype (D37X, un code typiquement Renault) laissent penser qu'il s'agit plutot de la première explication.

Un prototype en très mauvais état

Est-ce parce qu'il n'était pas terminé qu'Heuliez a négligé de conserver ce cabriolet en bon état comme la plupart des autres prototypes ? Toujours est-il qu'au moment de la vente aux enchères, c'est une voiture incomplète et endommagée par la rouille, qui n'a que l'attrait de la curiosité. Si la physionomie du coffre a été entièrement revue dans l'optique de loger la capote, lnutile de la chercher sur ce prototype, elle est absente... L'illusion de sa présence est entretenue par un arceau central et un couvre capote factice situé au-dessus de la malle. Dénuée de numéro de frappe et de plaque constructeur, elle n'a jamais été immatriculée et ne comporte donc pas de certificat d'immatriculation (carte grise) pour pouvoir circuler sur la voie publique. Son capot ne renferme même aucun moteur, mais son compteur affiche pourtant 725 km. Cette auto n'est décidément pas à une curiosité près.

La Renault 11 Cabriolet sera finalement adjugée à Kévin, un jeune jeune collectionneur de 22 ans (sa 11e voiture...) pour la modique somme de 434 euros. Bien que parfaitement conscient que son auto ne pourrait jamais rouler sur la voie publique, il en avait tout de même entrepris la restauration.

Un jeune collectionneur de la région

L'affaire a une résonance particulière pour Kévin, qui vit dans les Deux-Sèvres : "Heuliez, c'est la grosse boîte du département !" Quand la marque a mis en vente quelques-uns de ses derniers prototypes, en octobre, Kévin Masson a accouru. Pour récupérer "une part d'Heuliez..." L'amateur avait ciblé la Citroën BX monospace et la Renault 11 cabriolet. Il a renoncé à la BX, faute de connaître son poids, et doutant des capacités du plateau censé l'emmener. "J'ai des regrets, aujourd'hui. Je me suis rabattu sur la Renault 11. C'est une vraie voiture de Youngtimers. On retrouve la philosophie des années 1980."

Kévin n'a pas raisonné comme un marchand ou un spéculateur. "C'est une super affaire, mais les protos ne prennent pas de valeur. Ca demande des moyens pour les transporter, il faut les stocker." Un collectionneur ne connaîtra jamais le plaisir de rouler dans son proto. C'est d'autant plus vrai pour la R11 cabriolet : elle n'a pas de moteur, et elle n'en aura jamais, promet Kévin.

La Renault 11 semblait en mauvais état, mais le jeune collectionneur a choisi de laisser la voiture dans son jus. Elle a juste été lavée, démontée et remontée. La face avant, les supports optiques cassés dans le coffre. A l'intérieur, la console centrale est nue. "La majorité des pièces étaient dans le coffre. Les manquantes ont été facilement retrouvées. Elle a dû servir de banque de pièces," imagine le nouveau propriétaire. "Elle devrait être rhabillée. Un cabochon arrière droit était cassé. Les deux rétros n'ont jamais été fixés..."

Le couvercle de malle, pièce unique (qui ne ferme pas), sera peut-être refait : "Peut-être à cause de l'eau sur le panneau en fibre, ça a cloqué. Ca va être repris par un carrossier." Quant à la fausse capote repliée, elle est en excellent état. D'après Kévin, la voiture était seulement sale. "C'est la première fois que je vois une Renault 11 avec des cardans neufs !" plaisante-t-il, sans toutefois se baser sur le compteur, qui affiche 725 km. Impossible, pourtant, que ce prototype ait pu parcourir une telle distance. Et s'il s'agit du kilométrage de la voiture avant qu'elle ne soit transformée en prototype, pourquoi n'y a-t-il aucune plaque ou aucun marquage sur sa carrosserie ?

La Renault 11 Cabriolet conservera son originalité, un seul siège monté, côté conducteur. Ce qui permet d'apercevoir les entrailles de la bête. "Ca fait partie de l'histoire de la voiture"; juge Kévin, qui espère rapidement la montrer, et, pourquoi-pas, la proposer pour réaliser un comparatif avec l'Alliance cabriolet, qui a fait un petit bout de carrière aux Etats-Unis. "On voit que le projet a été abandonné"; estime Kévin Masson, qui aimerait bien savoir pourquoi l'étude n'est pas allée plus loin. Là encore, cela corrobore l'hypothèse d'une commande de Renault qui a été annulée en cours de route, car les projets mis en route à l'initiative d'Heuliez étaient généralement poursuivis jusqu'à leur terme.

La 11 change de main

On peut s'étonner qu'après avoir voulu conserver un peu de l'histoire de la marque emblématique de sa région, passé du temps à la remettre en état, et envisagé de la présenter à des rassemblements, Kévin ait finalement choisi de se séparer de sa Renault 11 Cabriolet, moins d'un an et demi après son acquisition. Toujours est-il qu'en janvier 2014, la voiture est mise en vente sur internet, et rapidement achetée par un autre passionné, Jean-Michel. Il avait rêvé de pouvoir acquérir cette voiture deux ans auparavant, mais n'avait pu se rendre à la vente aux enchères où elle avait été adjugée.

Hélas, dix ans plus tard, la voiture n'a jamais été restaurée et est aujourd'hui dans un triste état, la rouille ayant fait son œuvre sur la majorité des panneaux de la carrosserie. Résultat ? Comme Kévin, Jean-Michel jette l'éponge et décide de revendre le prototype, qui dort dans un garage charentais. Il la met en vente à 3 000 € dans le magazine La Vie de l'Auto (LVA), avant de la proposer aux enchères le 10 mars 2024 à Reims. Hélas, elle ne séduira aucun acquéreur. Déçu mais pas résigné pour autant, Jean-Michel a décidé de la remiser à nouveau, mais reste attentif aux offres des collectionneurs.

Compilé de plusieurs pages web (Heuliez, Quatre cylindres en ligne). Photos de Kevin Masson et Benoît Fauconnier.

 

 

 

La Renault 11 Cabriolet après son acquisition par Kévin.

 

Le 13 janvier 2014, le propriétaire proposait sa voiture à la vente sur un site d'annonce bien connu.

La Renault 11 Cabriolet telle qu'elle est aujourd'hui, en bien piteux état.