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mise à jour :

janvier 2026

 Icônes > La Renault 12 > Genèse

La première Renault 12 étrangère était une Ford...

 

Cette Ford brésilienne cache en fait un cœur de Renault 12 française...

La première Corcel jouant les chevaux fougueux pour les photos promotionnelles.

La Corcel garde un petit air de Renault 12 malgré pas mal de changements.

La Belina était la version break. L'arrière est bien celui d'une Renault 12 !

 

 

Chronologiquement, la première version de Renault 12 construite à l’étranger ne porte pas le nom de Renault, mais celui de Ford. Comment cela a-t-il pu se produire ?

Au Brésil, Renault possédait 14% des parts d'une société rachetée à American Motors, appelée Willys Overland do Brasil (WOB), dont l'Américain Kaiser possédait la majorité des parts. Willys avait produit des Dauphine, mais leur succès allait en diminuant.

Lors de l’étude de la Renault 12 et dans le cadre de l’expansion de Renault à l’international, il était logique de penser à la fabriquer au Brésil, dans les installations existantes de Willys Overland. Or cette firme avait déjà un projet de voiture basique à bas prix, le projet E, qui devait être une berline d'assez petite taille et un modèle très bon marché pour le Brésil. Hélas, les coûts de recherche, de développement et de production s'avérèrent identiques à ceux d'une voiture de plus grande taille, et le prix final aurait été comparable à celui de la très populaire Volkswagen "Coccinelle".

C'est là qu'entre en scène le projet M, développé par Renault en collaboration avec Willys Overland. La "M" devait être une gamme de voitures familiales compactes et modernes munies d'un moteur 4 cylindres en traction avant. Le châssis et la plupart des éléments mécaniques, moteur et transmission inclus, seraient conçus en France par Renault, tandis que Willys les adapterait aux conditions routières et météorologiques du Brésil. Et bien que conçus par Renault, tous ces éléments seraient fabriqués localement.

Les lignes et le design intérieur de la "M" étaient l'œuvre du bureau de design Willys au Brésil, qui avait déjà restylé l'Aero-Willys de seconde génération pour le marché local. Les dimensions extérieures de la "M" la plaçaient entre les voitures économiques plus petites (Coccinelle, Dauphine) et les berlines familiales plus grandes (Aero-Willys, Chambord), avec pour seule concurrence les voitures DKW à moteurs deux-temps fabriquées par Vemag (qui s'arrêtèrent en fait en 1967).

Pendant ce temps, chez Ford do Brasil, le feu vert avait été donné pour le lancement de la grande berline Galaxie en 1967. Mais Ford voulait aussi construire une familiale de taille moyenne afin d'atteindre des volumes de production (et des profits) plus importants dans le segment des berlines, alors même que son principal rival sur le marché brésilien, General Motors do Brasil, développait sa propre gamme de voitures (jusque-là, l'une comme l'autre marque n'avaient construit que des camions et des utilitaires au Brésil). Ford envisageait donc d'adapter localement quelques modèles européens tels que la Cortina britannique ou la Taunus allemande.

Et puis en 1967, Kaiser décida de vendre ses parts de Willys Overland do Brasil. Ford et Renault étaientt sur les rangs, mais la marque au losange n'avait pas les moyens suffisant, et Ford saisit donc l'occasion de racheter les parts de Kaiser, mais aussi celles de Renault. L'opération signifiat pour Ford l'acquisition des gammes Willys, Renault et Jeep, mais aussi du projet Renault-Willys "M" en cours de développement. Or ce dernier était quasiment finalisé, avec un lancement prévu un an plus tard. Ford annula donc ses projets de berline moyenne puisque la "M" répondait parfaitement à ses besoins.

L'exploitation exclusive par Ford du projet brésilien, avant même le démarrage en France de la Renault 12, ferma du même coup l’accès de Renault à ce marché prometteur, la production locale étant un impératif. Toutefois, avec l’argent encaissé dans l’opération, Renault put alors racheter 70% des parts d’IKA, (filiale argentine de Kaiser) et consolider sa présence en Amérique du Sud en concentrant ses ressources sur l’Argentine, IKA devenant à cette occasion IKA Renault.

Ford poursuivit le développement du Projet M, qui n’était pas le sien à la base, avec une certaine réticence, et réclama donc un certain nombre de modifications à Renault : certaines parfois justifiées, parfois moins, comme la suppression du compensateur de freinage (lequel sera remis dans la précipitation après les nombreuses plaintes en clientèle). La nouvelle voiture fut baptisée la Corcel (un mot désignant un cheval rapide ou un destrier de combat) pour faire écho au nom Mustang qui désignait un modèle au succès international.

Paradoxalement, le lancement de la Corcel aura lieu avant le démarrage de la Renault 12 en France, Renault fournissant en CKD les pièces nécessaires au montage mécanique, et notamment le moteur Cléon fonte, dont le taux de compression était réduit pour s’adapter au taux d’octane de l’essence brésilienne. Une intégration locale des composants fut par ailleurs engagée très rapidement à la suite. La précipitation de Ford pour démarrer la voiture ne fut toutefois pas des plus heureuses, puisque de nombreux problèmes de qualité survenus sur les premiers modèles entraînèrent une vaste opération de rappel des 65 000 premiers véhicules pour remise à niveau.

La tôlerie extérieure était spécifique, avec une berline 4 portes puis un break 2 portes et un coupé qui allait avoir du succès. Après plusieurs facelifts, le moteur Cléon fut remplacé en 1973 par un moteur Ford, mais le soubassement Renault 12 perdurera sur les générations ultérieures (Ford Corcel 2) jusqu’en 1983, avec au total un million de voitures produites... ce qui semblerait indiquer que la conception de base de la Renault 12 n’était pas si mauvaise en fin de compte !

Texte adapté d'un article en anglais du défunt site Moby302 et de la revue Renault Histoire N° 48.

 

 

Petit à petit, le design des Corcel s'éloignera de plus en plus de celui de Renault.

Ford déclinera un coupé sport de sa Corcel, la GT.

Une version plus tardive de la Corcel GT. L'ADN Renault a totalement disparu.!