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janvier 2026

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Mobilize : projet ambitieux et marque éphémère

 

La marque Mobilize s'appuyait sur sa propre gamme de véhicules spécifiques.

Tout premier véhicule spécifique présenté par Mobilize : le prototype EZ-1.

Patrick Lecharpy, designer et concepteur de EZ-1 ainsi que des modèles de série.

Duo, première version de série du concept EZ1.

Un bond qualitatif évident par rapport à la Twizy, déjà ancienne.

Mobilize HIPPO et DUO, présentés au salon VivaTech de Paris en juin 2022.

"Mobilize : au-delà de l'automobile", un slogan court et percutant.

Mobilize DUO était le véhicule par excellence de la mobilité partagée.

Les dimensions modestes de DUO lui permettaient de se garer facilement partout.

 

 

 

En janvier 2021, Renault présentait son plan Renaulution, visant à transformer le groupe en une entreprise "compétitive, technologique et responsable", et à "se positionner sur la nouvelle chaine de valeur de la mobilité", au travers d'une toute nouvelle marque baptisée MOBILIZE, proposant des services de mobilité, d'énergie et de données. Basé sur des écosystèmes ouverts, Mobilize permet des solutions de mobilité flexibles et favorise une transition énergétique durable, en conformité avec l'objectif du groupe d'atteindre la neutralité carbone et son ambition de développer la valeur de l'économie circulaire. Les ambitions du groupe pour la nouvelle marque étaient grandes... Or quand on attend trop, on est souvent déçu. C'est sans doute ce qui a conduit la nouvelle direction de Renault à mettre fin, purement et simplement, brutalement aussi, à cette marque qui n'a pas eu le temps en quatre ans de faire ses preuves.

Vehicle-as-a-Service

En construisant son modèle autour du "Vehicle-as-a-Service", Mobilize renversait l’équation classique de l’industrie automobile en partant des services répondant aux besoins clients pour arriver au produit. Orienté sur l’usage plutôt que sur la propriété, Mobilize proposait donc, à partir du véhicule, des services permettant de répondre aux besoins de solutions de mobilité plus faciles, plus accessibles, plus écologiques et plus abordables. En termes plus clairs, pas de vente, uniquement de la location.

« Mobilize vend des services et non des véhicules, ce qui permet de générer des revenus récurrents et de réduire les coûts d'utilisation pour nos clients. Nous avons choisi de couvrir les éléments de la chaine de valeur de la mobilité qui ont le plus fort potentiel de croissance et de marge. Ainsi, avec le modèle VaaS et sur la base d’un écosystème logiciel intégré, nous proposons une gamme de services allant des solutions de financement à l’assurance, en passant par l’énergie et la maintenance. Le véhicule devient une plateforme de services, permettant de multiplier par 3 le chiffre d'affaires généré au cours de son cycle de vie, » indiquait Clotilde Delbos, Directeur général de Mobilize.

"Au-delà de l’automobile" (le slogan de la marque), Mobilize proposait des solutions et services autour de la mobilité, de l’énergie et des données, en promouvant un écosystème énergétique durable pour répondre aux attentes des consommateurs, des entreprises, des opérateurs ou des territoires.

« Bien souvent on ne pense que carsharing ou location de véhicules, mais les nouvelles mobilités sont pour nous bien plus que cela. C’est par exemple tout un écosytème de solutions de mobilité électrique, de charge intelligente et de stockage d’énergie basées sur les batteries des véhicules électriques, pour soutenir la transition énergétique et l’objectif du groupe de neutralité carbone, » expliquait Clotilde Delbos.

Quelques services proposés

Mobilize réunissait plusieurs initiatives et start-ups autour des mobilités et des écosystèmes énergétiques :

  • Zity by Mobilize (ex-Zity), service d’autopartage en libre-service de Mobilize, une joint-venture entre Renault Group et Ferrovial, déjà disponible à Madrid depuis 2017 et à Paris/Région parisienne depuis 2020 (avec d'autres villes prévues pour 2021). Zity était fort de 1250 véhicules électriques (750 à Madrid et 500 à Paris) et plus de 430 000 clients.
  • Mobilize Share (ex-Renault Mobility), service de location en agence et en libre-service. Fort de 15 000 véhicules (dont 4 000 véhicules électriques) et plus d’un million de clients, proposait à la location une large gamme de véhicules Renault (citadines, berlines, familiales, utilitaires…) dont une offre de véhicules électriques pour répondre aux besoins des particuliers et des professionnels. Mobilize avait étendu ce service à Bergame en Italie dès juin 2021.
  • Mobilize Power Solutions (ex-Elexent), dédiées à la recharge des flottes électriques. Ce service offrait des solutions sur mesure et clé en main, du conseil à la conception en passant par l'installation et l'exploitation des bornes de recharge, couvrant l’ensemble des besoins des clients professionnels et visant à optimiser le TCO de leur flotte tout en contribuant au développement de leur activité. Opérationnel dans 11 pays européens, Mobilize Power Solutions intégrait également des stratégies d'optimisation énergétique et d'intégration des énergies renouvelables.

Mobilize était également l'un des acteurs du projet Mobilité360, réunissant des acteurs majeurs de la mobilité tels BlaBlaCar, Mobilize, le groupe RATP et Uber, autour d’une vision commune de la mobilité de demain. Ensemble, ces différents leaders de la mobilité entendaient mettre à profit leurs expertises complémentaires et avoir une approche coordonnée pour proposer des solutions de mobilité plus simples, vertes, durables et partagées, au service des villes et des citoyens.

Les piliers du modèle Mobilize

Le modèle de Mobilize s’appuyait sur trois piliers fondamentaux :

  • Un écosystème software totalement intégré permettant, depuis le véhicule (Software Defined Vehicle), d’offrir tous les services aux clients professionnels et particuliers. Cet écosystème devait s’appuyer sur les briques technologiques déjà opérationnelles des filiales de Mobilize.
  • Des véhicules dédiés, Mobilize développant ses propres véhicules 100 % électriques, spécialement conçus pour un usage dédié, partagé et intensif. Ces véhicules permettraient de maximiser la réduction du coût total d'utilisation (TCU) pour les opérateurs de mobilité, avec cinq éléments guidant les équipes de design et d’ingénierie dans leur conception : durabilité, capacité de mise à jour ‘over-the-air’, facilité de nettoyage-entretien-réparation, empreinte environnementale réduite et expérience client riche et convaincante.
  • Une gamme complète de services, financiers tout d'abord, mais aussi des services liés à l’énergie et à la recharge, à la maintenance et à la réparation.

Les véhicules de Mobilize

La marque avait préparé une gamme de quatre véhicules 100% électriques exclusifs sous son nom :

  • DUO, véhicule axé sur la mobilité partagée, adapté aux besoins des villes et des opérateurs. C'est une sorte de seconde génération de la Renault Twizy mais entièrement fermé et beaucoup plus sophistiqué en termes de systèmes à bord. Compact et connecté, il accueille deux personnes. Conçu selon les principes de l’économie circulaire, DUO vise à intégrer 50% de matériaux recyclés dans sa fabrication et à être recyclable, en fin de vie, à 95% grâce à la Re-Factory de Renault Group à Flins.
  • BENTO, proposé pour la livraison ou le transport de biens peu encombrants. Conçu sur la base du DUO, il offre un caisson de chargement pour permettre le transport de petits objets, avec un volume total pouvant atteindre un mètre cube. BENTO facilite aux livreurs et artisans l’accès et le stationnement en centre-ville.
  • HIPPO, un véhicule modulaire, version améliorée du Renault E-FLEX, spécifiquement dédié à la livraison du dernier kilomètre pour les entreprises.
  • LIMO, une berline luxueuse destinée plus particulièrement aux entreprises de taxis.

En attendant que ces modèles soient pleinement déployés et opérationnels, Mobilize mettait à contribution d'autres modèles électriques du groupe Renault, notamment la Dacia Spring.

Enfin, la marque avait également présenté le concept SOLO, un véhicule ouvert destiné au transport individuel en position debout.

À terme, tous ces véhicules pourraient être rechargés via une borne dédiée produite par Mobilize sous le nom d'ILEO.

Quatre véhicules présentés comme les atouts d'un jeu de cartes : DUO comme l'as, la Dacia SPRING comme le roi, la LIMO comme la reine, et le HIPPO comme le valet (sachant qu'il y a un jeu de mots entre "Jack", le valet, et "Jack-of-All-Trades", le touche-à-tout")

La clientèle visée

Mobilize visait trois segments de marché à fort potentiel :

  • Les particuliers et flottes de petite à moyenne taille, d'abord avec des véhicules tels que des Dacia Spring, puis avec les modèles dédiés DUO et BENTO.
  • Les opérateurs de mobilité de personnes, en proposant un ensemble de services pour les chauffeurs et opérateurs de taxis et VTCs – abonnement au véhicule 10% électrique LIMO, assurance, entretien, recharge, assistance ;
  • Les opérateurs et professionnels de la livraison du dernier kilomètre, en leur fournissant des solutions complètes de services s’intégrant dans les nouvelles politiques de villes, avec un accent particulier sur la recharge et l’optimisation de la gestion des flottes grâce à la donnée ; d’abord via Kangoo E-Tech électrique et Master E-Tech électrique, ainsi que des véhicules externes au groupe, avant le lancement d’HIPPO en 2026 qui permettrait une réduction de -30 % du TCU par rapport à la concurrence.

Des objectifs (trop ?) ambitieux ?

Les objectifs affichés dès le départ étaient aussi clairs qu'extrêmement ambitieux. Mobilize se fixait pour rôles de :

  • faciliter l’émergence d’une mobilité électrique,
  • réduire les coûts pour ses clients, en les protégeant contre la baisse de la valeur résiduelle (Mobilize restant propriétaire des véhicules) ;
  • augmenter le cycle de vie des produits en réduisant l’empreinte carbone ;
  • multiplier le chiffre d'affaires par véhicule ;
  • générer des revenus récurrents.

Quelques objectifs chiffrés étaient fixés :

  • doubler d’ici à 2025 de la flotte de véhicules financés par Mobilize Financial Services en location opérationnelle ;
  • un parc d'un million de véhicules, dont 70 % de véhicules électriques, d'ici 2030 ;
    • 150 000 à 200 000 véhicules utilisés par les opérateurs de mobilité, dont 80 % de véhicules électriques, d'ici 2030;
    •165 000 bornes de recharges installées d'ici 2030 (contre 22 000 en 2021).

Les objectifs financiers visaient à atteindre :

  • une rentabilité à deux chiffres de chacune de ses activités d’ici à 2027 (avec un objectif de marge opérationnelle à l’équilibre en 2025) ;
  • une croissance de 70 % du nombre de services financiers vendus à ses clients d'ici à 2030 ;
  • une représentation de 20 % dans le chiffre d’affaires du groupe à cette même date.

Le couperet tombe

Les résultats de la marque Mobilize après cinq années d'existence n'étant pas à la hauteur des objectifs fixés, le groupe Renault prend en décembre 2025 une décision brutale. Dans un communiqué au langage un rien sybillin, il annonce mettre fin, faute de rentabilité, à certaines activités de Mobilize, dont l'autopartage, invoquant, pour justifier ses mesures, "des perspectives de rentabilité financière limitées ou des synergies réduites avec ses activités de coeur". Autant la première partie de la phrase ne comporte guère d'ambiguïté, autant l'on peut s'interroger sur le sens de la seconde : car si l'autopartage, la mobilité urbaine et la fabrication de petits véhicules électriques présente désormais des "synergies réduites" avec les "activités de cœur" de la marque, alors Renault n'a plus son cœur au même endroit qu'auparavant. Il serait plus honnête de dire que Renault n'a plus "à cœur" de soutenir ce type d'activité...

La décision implique l'abandon du projet DUO (et donc de BENTO), mais également du service d'autopartage Zity, à Madrid comme à Milan, courant 2026. Quant à la marque Mobilize, elle n'existera plus en tant que telle, à l'exception de l'entité de location longue durée Mobilize Financial Services, même si Renault dit envisager d'évaluer son utilisation commerciale pour d'autres offres au cours des prochains mois. Parallèlement, la firme au losange compte franchir une nouvelle étape dans sa stratégie d'électrification en intégrant directement à ses activités les solutions de recharge (à domicile et en itinérance) jusqu'alors développées par la marque Mobilize, expliquant considérer l'activité d'énergie comme une "priorité". Les métiers liés à la recharge électrique seront désormais directement rattachés à ses opérations commerciales.

Mettre en place un projet aussi ambitieux que celui de Mobilize pour se rétracter cinq ans plus tard montre que le groupe Renault n'avait pas, ou plus, l'envie de donner une chance à la marque de progresser. Un projet comme Mobilize suppose tout un changement dans les modes opératoires des entreprises comme des particuliers, de nouvelles habitudes, et parfois cela prend du temps. Il suffit de voir combien d'années il a fallu pour que le citoyen lambda passe au véhicule électrique, ou que les entreprises s'équipent de parcs hybrides. Des modèles Renault novateurs trop en avance sur leur époque ont fini par devenir la norme. Encore faut-il "laisser du temps au temps"... ce qui n'est pas possible lorsque le seul maître mot est la rentabilité, et le seul mode opératoire l'absence de prise de risques. Par ailleurs, les objectifs financiers précis édictés dès le départ semblent clairement irréalistes, et le projet aurait sans doute pu perdurer avec des ambitions plus modestes pour commencer, et une montée en puissance plus progressive du projet.

Article élaboré notamment à partir de plusieurs communiqués de presse du groupe Renault.

 

La borne de chargement ILEO avec un SOLO et un DUO.

Le SOLO et le DUO présentés ensemble en extérieur.

BENTO, véhicule idéal pour de petites livraisons.

Hippo, petit utilitaire modulaire, parfait pour la livraison du dernier kilomètre.

La LIMO, destinée aux taxis, était un modèle fabriqué en Chine.

Mobilize reprenait à son compte le service d'autopartage Zity déjà en place depuis mis en place par Renault et Ferrovial depuis 2017 en Espagne.

La présence du logo Mobilize sur des voitures en circulation fut de courte durée.