
Peu de modèles automobiles ont généré un aussi grand désir de retour que la Renault 4. La Quatrelle a beau avoir fait sa révérence il y a plus de trente ans, elle est toujours vivante pour des millions de Français qui ne l'ont pas oubliée. Or la nostalgie est une vraie manne pour un constructeur...
Seulement voilà : il ne suffit pas donner à un modèle le même nom qu'un autre pour qu'il en devienne l'héritier légitime. Et si la nouvelle Renault 5 et la nouvelle Twingo peuvent légitimement se prévaloir de l'héritage que confèrent leurs noms illustres, il n'en est pas de même pour la nouvelle Renault 4. En tant qu'amoureux de la vraie Renault 4, celle qui a accompagné les Français pendant 30 ans, je dirais même qu'elle représente une trahison de mille façons.
Design
Le design de la Quatrelle est merveilleusement simple. De dos, c'est un trapèze et rien d'autre.
De profil, c'est un trapèze et un rectangle. Une silhouette familière, immédiatement reconnaissable, ne ressemblant à rien d'autre qu'à elle même, et impossible à copier. Cette simplicité de conception est ce qu'il fallait viser si l'on voulait sérieusement proposer une remplaçante à la Quatrelle.
Lorsqu'il y a eu le concours "Renault 4 EVER" en 2011, beaucoup de propositions ont intégré cette simplicité, comme par exemple celle de David Obendorfer. Et ce n'est pas un hasard si c'est celle que les journalistes ont le plus commenté, celle que le public a le plus aimé, celle qui a fait l'objet d'une miniature, même, dans la collection Hachette consacrée à la Renault 4... Parce qu'elle reprenait les codes de l'originale en les modernisant. La proposition de Vlad Iorgulescu était également intéressante à cet égard... parce qu'au fond, ce que voulaient vraiment les amoureux de la Quatrelle... eh bien, c'était la Quatrelle ! Renault a gâché beaucoup de temps, de talent et d'énergie dans les années 70-80 pour trouver une remplaçante à la Renault 5, avant de s'apercevoir que la seule remplaçante valable, celle que voulait le public, c'était la même voiture, mais en mieux ! Et c'est d'ailleurs pour cette raison que le remplacement de la Renault 4 à l'époque a échoué, parce qu'ils ont essayé des tas d'autres voies au lieu de revenir au concept original.
Quand un industriel a trouvé le produit qui plait au public, tout ce qu'il a à faire, c'est de le pérenniser. Certes, la bouteille de Coca-Cola n'a pas besoin de changer de forme, car contrairement à une voiture, elle ne se démode pas. Mais on peut tout à fait réinventer une voiture en respectant l'esprit de l'originale. La nouvelle Twingo IV y réussit à merveille. L'Alpine A110 également. Parce que dans les deux cas, elles sont exactement tout ce qu'étaient les premières, mais en mieux ! Et si la nouvelle Renault 5 a battu des records de vente dans sa première année, c'est parce qu'elle reste relativement fidèle au look de l'originale.
Maintenant je veux qu'on m'explique le rapport qu'il y a entre ces deux voitures ? La réponse est simple : AUCUN ! Il ne suffit pas de mettre une vitre de custode vaguement similaire, des phares ronds et une calandre cerclé de chrome pour créer une Renault 4. Il ne suffit pas de lui donner le même nom pour qu'elle en devienne de facto l'héritière. Si demain je dis que je me colle l'étiquette de végétarien et que je continue à manger de la viande, je ne serai pas crédible. Eh bien c'est pareil ! Cette voiture s'est collé l'étiquette de "Renault 4" mais elle n'a RIEN de ce qui faisait le modèle d'origine. Ce n'est rien d'autre qu'un coup marketing de mauvais goût, et je ne comprends même pas que quiconque s'y soit laissé prendre, qu'aucun journaliste automobile ne semble sérieusement s'en émouvoir, alors que ce n'est une supercherie grossière !
Philosophie
La Renault 4 originelle était pensée comme la remplaçante de la 4 CV et la concurrente de la 2 CV, autrement dit une voiture simple d'usage, accessible à toutes les familles, économique à l'usage, peu coûteuse à entretenir et à réparer, rustique et sans chichis. Elle était le bas de gamme de Renault, le véhicule d'entrée. A l'intérieur, c'était spartiate, on était davantage dans un utilitaire qu'une berline confort, mais c'est aussi ce qui plaisait aux possesseurs du véhicule, cette simplicité. Maintenant regardez la P1317 (code de la nouvelle R4) et dites-moi où vous retrouvez le moindre des éléments que je viens d'indiquer... Nulle part ! La nouvelle "R4" commence à presque 30000 euros. Dites-moi donc quelle famille moyenne française est capable de débourser de telles sommes ? Disons donc les choses telles qu'elles sont : la R4 E-Tech est un SUV pour bobos friqués, pas une voiture populaire ! Et d'ailleurs, le simple fait qu'elle ne soit proposée QUE dans une forme SUV est en soi un non-sens profond. La Renault 4 originelle existait en version 4x4, certes, et j'admets qu'à l'époque ce n'était pas la mode, mais pourquoi ne pas proposer une R4 plus simple, plus basique pour ceux qui n'ont rien à faire d'un SUV, qui se fichent de cette mode, et qui veulent juste une voiture simple et pratique.
Puisque Renault sait très bien proposer le même véhicule en versions luxe sous une marque, et en version plus "normale" sous une autre, et puisqu'ils savent aussi proposer des versions simplifiées sur plateformes plus anciennes, pourquoi ne pas proposer le même design en Dacia pour les moins riches, en Renault pour le modèle normal, et en Alpine pour ceux qui veulent toutes les options ? Et j'irai même plus loin : si un constructeur ne peut pas proposer des modèles familiaux à moins de 30000 euros, peut-on encore considérer qu'il s'agit d'une marque tous publics ? On a déjà depuis longtemps l'exemple de Volkswagen, "voiture du peuple", qui n'a cessé de faire enfler ses voitures, au point qu'une Polo d'aujourd'hui est plus grosse qu'une Golf d'il y a 30 ans... Cette course en avant des constructeurs à faire toujours plus grand, plus confortable, mieux équipé, plus performant, plus... plus... ne se fait pas au service de l'acheteur de base. J'ai aimé Renault parce que c'était un constructeur populaire, accessible, qui pouvait certes aussi vendre des véhicules plus premium, mais ne négligeait aucun segment. Cette Régie Renault, on l'a bien compris, est morte, sacrifiée sur l'autel du profit, de la rentabilité et des dividendes aux actionnaires. Elle est devenue une marque comme une autre qui a perdu son âme. Il suffit d'ailleurs de voir à quel point tous les modèles ou presque se ressemblent aujourd'hui dans la gamme, et ressemblent à ceux de la concurrence, pour comprendre que la vision d'un fabricant de voitures à vivre, audacieuses, différentes, décalées, est enterrée depuis longtemps.
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