version 4.0

mise à jour :

janvier 2026

 > Projets et prototypes > Abandonnés

La mini-indienne low-cost que Renault a reniée...

   

Rajiv Bajaj présente le prototype ULC réalisé selon un design de Renault.

Le strict minimum, mais pour 2500 euros, la Hamara était plutôt pas mal...

 

 

 

 

La nouvelle avait de quoi surprendre, lorsque Bajaj Auto annonça un partenariat avec le groupe Renault-Nissan pour produire une mini-voiture low-cost devant concurrencer la Nano de Tata Motors...

Le groupe Bajaj, fondé en 1926, fait partie des dix plus grosses entreprises d'Inde. Sa filiale, Bajaj Auto Ltd, est le quatrième constructeur de deux-roues et de trois-roues du pays et s'est implanté à travers plusieurs pays d'Amérique latine, d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Asie du Sud et du Sud-Est. Les véhicules légers de Bajaj sont partout en Inde, étant beaucoup moins chers que des voitures et d'un emploi plus aisé dans les bouchons des grandes villes, mais Bajaj comme constructeur de voitures, c'est une nouvelle qui ne passe pas inaperçue.

Tata Motors Limited, anciennement Telco (Tata Engineering and Locomotive Company), est le plus grand constructeur automobile indien et fait partie du Groupe Tata. La Nano, que la marque va lancer en 2008, sera la voiture la moins chère du marché, et Bajaj est conscient que ce modèle risque de lui faire perdre des ventes sur le terrain des tricycles. En annonçant publiquement son désir de concurrencer la Nano, Bajaj déclare ni plus ni moins la guerre à Tata Motors.

Mais cette guerre, le fabricant de trois-roues n'entend pas la mener seul, et il réussit à convaincre Renault de s'associer au projet. Ainsi démarre au printemps 2008 le projet ULC (Ultra Low Cost), pour lequel les deux géants automobiles vont apporter leur expertise, l'objectif étant de commercialiser d'ici à 2011 un véhicule aux alentours de 112 000 roupies (3 000 dollars), contre 123 000 à 172 000 roupies pour la Nano.

Pouvoir s'implanter durablement sur le marché indien est alors plus que jamais une priorité pour Renault, dont la collaboration avec Mahindra sur la Logan, trop chère pour le conducteur indien de base, a tourné court. L'accord initial stipule que Bajaj sera en charge de la motorisation, du développement de la plateforme technique, et des chaînes d'approvisionnement, tandis que Renault aura pour mission de fournir un design adapté. Nissan se joint au projet, et au tout début de 2009, un prototype dénommé Hamara (le prénom du patriarche fondateur de la société Bajaj) est présenté à l'AutoExpo de New Delhi. Il ne remporterait certes pas un concours de beauté, mais le contrat est rempli, Renault a dessiné la petite voiture qui doit révolutionner le marché local.

Hélas, en mars 2009, Rajiv Bajaj demande à l'équipe en charge du projet de tout reprendre à zéro, un revirement inattendu résultant probablement d'une divergence de vues quant à la définition du projet. Carlos Ghosn, en effet, voudrait une voiture qui puisse concurrencer la Nano dans la même gamme de prix et de prestation, tandis que Bajaj souhaite une voiture qui en donne plus au client pour son argent. Cela tombe d'autant plus mal que est une période compliquée pour Renault, frappé de plein fouet par la crise économique et obligé d'annuler un certain nombre de projets en cours.

Le Hindu Business Line révèle quelques semaines plus tard que le Brésil sera le premier pays étranger où la Bajaj sera commercialisée, soit sous la marque Renault, soit sous la marque Nissan, et sera la plus petite voiture vendue dans ce pays. Les informations techniques commencent à sortir : on parle d'une boîte de vitesse mixte manuelle/automatique et d'un moteur deux-cylindres très performant en versions essence ou diesel..

Au fil des mois, les voix se font de plus en plus dissonantes. Carlos Ghosn martèle le prix d'environ 2,500 dollars dans chacune de ses interventions publiques, tandis que Rajiv Bajaj ne cesse de répéter qu'il s'agit là d'une orientation qui a été prise mais qui ne correspond pas à l'intention de départ. Pour lui, la petite voiture doit se démarquer, non pas en étant la moins chère, mais plutôt la plus économique en termes de consommation de carburant.

A l'automne 2009, toutefois, les divergences entre les marques semblent avoir été résolues, et le programme suit son cours. On sait désormais que la mini-citadine sera dotée d'un système d'allumage Digital Twin Spark, et qu'en vue de minimiser les coûts, elle utilisera de 70 à 80% d'éléments existants sur les scooters, motos et trois-roues de Bajaj. En outre, plutôt que d'ériger une usine dédiée, la marque construira la voiture dans son usine de Aurangabad, d'où sortaient jusque-là les scooters.

Une année et demie s'écoule, et le discours de Rajiv Bajaj a encore changé : désormais, il crie à qui veut l'entendre qu'il ne construit pas une voiture, mais un quadricycle ! Il évoque aussi au détour d'une phrase l'hypothèse que Renault pourrait "ne pas être satisfait du prototype". Et l'on apprend très vite que c'est le cas : Bajaj n'est pas connu pour la qualité de ses produits, et cela ne plait décidément pas à la marque au losange.

Jusque-là, Renault ne s'est pas impliqué financièrement dans la construction du véhicule. Le contrat stipule que Bajaj réalise seul le véhicule et le vendra ensuite à Renault ; toutefois, la marque au losange a clairement signifié à Bajaj qu'elle ne commercialiserait le modèle que s'il répond à ses standards de qualité. Marc Nassif de Renault India, déclare d'ailleurs à ce sujet : "S'il correspond à notre ADN, si la qualité du produit est à la hauteur des promesses, alors nous donnerons suite." Cela sous-entend bien évidemment que dans le cas contraire, Renault reprendra ses billes.

En juillet 2011, Rajiv Bajaj annonce que sa firme ne parvient pas à trouver un accord avec le constructeur français, qui s'apprête à lancer cinq modèles sur le marché indien, et pour qui la petite voiture n'est plus une priorité. Bajaj finit par présenter le modèle définitif, désigné RE60, le 3 janvier 2012 à l'AutoExpo. Le constructeur continue de dire à qui veut l'entendre que ce n'est pas une voiture, mais plutôt un pousse-pousse amélioré... Du pain béni pour Tata et sa Nano ! Et en effet, esthétiquement parlant, on est très loin de la première mouture concoctée avec Renault trois ans auparavant... Le petit véhicule fait jouet, il lui manque le sérieux qui sied à une voiture, mais surtout il est laid ! Au point qu'on est en droit de se demander si cette version définitive est réellement signée Renault ou si le design n'aurait pas été altéré entre temps.

Doté d'un moteur DTSi de 200 cm3, et une performance annoncée de 35 km par litre de carburant, la RE60 fait certes sensation sur le salon, mais Renault et Nissan sont déçus de constater qu'elle ne répond pas à leurs attentes. Renault annonce un mois plus tard qu'il n'est plus intéressé par la mini Bajaj, et Nissan fera de même en septembre. Bajaj, qui espérait vendre son modèle aux deux marques, se retrouve à devoir le commercialiser seul. Or les problèmes vont croissants, et la commercialisation prévue en 2012 puis reportée en 2013, 2014, et enfin 2015 sera stoppée net suite à un crash-test insatisfaisant. Bajaj a le droit d'exporter son modèle, mais pas de le vendre en Inde tant que la Cour n'a pas prononcé son verdict !

Entre-temps, la RE60 a été rebaptisée la Qute. Certes, la désignation (qui signifie "Rear Engined/60 g de CO2/km) n'était pas très sexy, mais on peut aussi supposer que Renault n'ait pas vu d'un très bon oeil l'usage d'un logo avec les lettres "RE" bien en évidence sur le modèle... Quoi qu'il en soit, on n'entend plus parler de la petite indienne depuis 2015, ce qui laisse à penser qu'elle n'a pas reçu les autorisations nécessaires du gouvernement. Un beau gâchis qui aurait pu être évité si Rajiv Bajaj avait suivi les conseil de Renault et Nissan au lieu de vouloir n'en faire qu'à sa tête...

Article élaboré à partir de nombreux articles des sites Motorbeam et Indian Autos Blog

 

En 2014, Bajaj se paiera même le luxe de présenter le U-Concept... Résidu d'un projet Renault ? Bien plus belle que la "Qute", en tout cas...

 

 

La première ULC n'aurait pas gagné un prix de beauté, mais c'était une voiture...

Par comparaison, la RE60 fait camelote, plus jouet que vraie voiture.