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janvier 2026

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Quand Ghia revisitait la 4L...

 

Pour son passage dans l'expo du Pub Renault, le prototype Ghia avait été recouvert d'une peinture blanche provisoire renforçant encore son côté rustique.

La 118 Ghia, stockée dans les réserves de Flins, avait besoin d'un coup de frais...

Le prototype entièrement restauré et prêt à être exposé dans les salons.

 

 

 

 

En 1965, dans le cadre du projet 118, l'italien Ghia livre un prototype destiné à devenir un modèle plus grand sur la base familière de la R4. Renault préfèrera finalement le modèle développé en interne, la future Renault 6...

De nos jours, le design Renault est développé purement en interne. Toutefois, cela n'a pas toujours été le cas. Durant des décennies, la marque a fait appel à l'expertise de célèbres studios de design (souvent italiens) pour l'aider à concevoir ses nouveaux modèles. L'immense succès de la Renault 4, ainsi que l'accueil favorable réservé à la nouvelle Renault 16, conduisent les responsables de la marque au losange à cette idée qu'une version plus spacieuse et mieux équipée de la "4L" aurait sa place dans la gamme, une sorte d'intermédiaire entre la petite rustique et la berline familiale. Ce nouveau projet reçoit le nom de code "118".

La mission de Ghia

Une équipe interne commence à travailler à Billancourt pour développer le nouveau modèle, qui sera basé sur le châssis existant de la Renault 4. L'Italien Ghia, avec qui Renault a beaucoup travaillé durant ces années (Projet 114, Projet 600, Projet 900), reçoit également la charge de développer un modèle qui utiliserait largement le concept de la Renault 4, mais qui serait clairement placé au-dessus de la R4 dans la gamme et offrirait plus d'espace pour les passagers et les bagages. Ghia devra fournir un certain nombre d'esquisses et de construire un prototype roulant complet. Pour ce faire, il dispose d'un châssis complet de Renault 4 avec moteur et boîte de vitesses et de l'énorme stock de pièces de la marque française.

Rusticité et simplicité

Le nom de Ghia est généralement synonyme d'élégance et de sophistication automobile, ce qui est tout le contraire de son prototype 118. Car même si la mission était de concevoir un modèle supérieur à la Renault 4 dans la gamme du losange, Ghia a clairement souhaité conserver le caractère rustique et sans fioritures de la 4L.

A l'extérieur, la simplicité prévaut avec des phares ronds, une calandre intégrée à la carrosserie, des flancs hauts et fermés avec d'épais montants autour des fenêtres, des feux arrière minuscules complétés par des réflecteurs, ainsi que les feux de plaque ronds de la 4 CV et des premières Dauphine. Pas de pare-chocs chromés, mais des pièces peintes dans la teinte de la carrosserie censées ressembler à des pare-chocs, et qui préfigurent les boucliers introduits plus tard sur la Renault 5 et qui deviendront la norme un peu plus tard.. Les poignées de porte presque démodées, les charnières du hayon de coffre et le bouton de déverrouillage sont largement repris des voitures italiennes, et ne correspondent pas du tout au caractère du projet 118, qui se veut un modèle tourné vers l'avenir.

Pour l'intérieur, aucun doute : c'est une 4L, en un peu mieux. Les sièges sont faits des mêmes cadres tubulaires, habillés d'un tissu à carreaux qu'on retrouve dans les panneaux de portières et les côtés du compartiment à bagages. C'est surtout au niveau de ce dernier que la différence avec la Renault 4 est le plus flagrante. Son accès se fait part un hayon en deux parties qui rappelle un peu celui de la première Renault 4 Super de 1962, sauf qu'ici il faut d'abord rabattre la partie inférieure du hayon, puis relever la lunette arrière. Les fenêtres restent coulissantes comme sur la 4L, et les portières sont dotées de barres métalliques permettant de les saisir pour les fermer, mais aussi de s'y accrocher quand le véhicule roule (il n'y a pas encore de ceintures de sécurité à cette époque).

Enfin, la planche de bord n'a que peu de rapport avec le style Renault, si ce n'est le levier de vitesse en saillie. Le compteur de vitesse rond avec odomètre est placé un peu à droite du volant, mais ne provient pas d'une Renault. Un tube métallique dénué de tout habillage émerge du tableau de bord et se courbe pour former le volant. Enfin, des interrupteurs indéterminés ornent le tableau de bord. Le fameux levier du frein à main de la Renault 4 est intégré à la colonne centrale, et la pédale d'accélérateur a été légèrement retravaillée, mais on reste tout de même dans un intérieur plus que spartiate.

Erreur de casting

Est-ce Ghia qui n'a pas compris les attentes de Renault, ou bien la marque qui n'a pas été suffisamment claire ? Toujours est-il que le prototype de Ghia ne cadre pas avec ce que Renault attend du projet 118. Certes, la nouvelle voiture doit s'appuyer sur la base de la Renault 4, mais elle doit aussi et surtout conférer l'idée qu'on entre dans un véhicule plus qualitatif. Or Ghia a bien géré l'augmentation du volume intérieur, mais il a fourni un design bien trop rustique avec un aménagement intérieur qui n'apporte pas de progrès notable par rapport à la 4L. Renault va donc poursuivre son propre projet 118, qui conduira en 1968 à la Renault 6.

Un prototype toujours vivant

En décembre 1972, la 118 Ghia fait partie des quelques prototypes abandonnés que Renault choisit d'exposer dans son espace des Champs-Élysées sous le titre "Ces Renault que vous n'avez jamais vues", dotés d'une livrée blanche provisoire pour l'occasion. Après cela, le prototype dormira de nombreuses années dans les réserves de Flins, avant d'être enfin restauré comme il se doit pour pouvoir être présenté lors de manifestations d'anciennes automobiles. L'ironie de l'histoire est que ce prototype sans avenir a été conservé et bichonné, tandis qul'on n'a jamais vu les prototypes de la Renault 6 et qu'il semble bien qu'aucun n'ait été conservé...

Texte basé sur l'excellent article de Tony Vos dans Losange Magazine

 

La 118 Ghia lors de l'exposition "Ces Renault que vous n'avez jamais vues" en décembre 1972.

 

Le quatre cylindres 845 cm3 familier que Renault a fourni à Ghia en 1965 est toujours présent dans le compartiment moteur du prototype.

La 118 Ghia fait le bonheur des passionnés lors de manifestations diverses.