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janvier 2026

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Alpine A710 (projet W71) : l'Alpine sacrifiée...

   

Le premier projet W71 est celui de Greffier, présenté sous forme de maquette au 1:1, le 14 mars 1989, comme l'indique sa plaque minéralogique.

Greffier avait même été jusqu'à modéliser une jolie variante cabriolet de sa W71.

Le premier des deux prototypes du Berex.

Le tableau de bord, à peine plus sophistiqué que celui d'une voiture de course, mais manquait un peu de raffinement pour séduire le grand public. Une console centrale et des aérateurs seront finalement incorporés sur le modèle.

A410 ou A710 ? Les deux noms ont circulé... Le logo qui figure sur l'aile avant gauche du prototype Berex lève toutefois pour de bon l'ambiguïté.

Le coffre, situé comme il se doit à l'avant et réduit à sa plus simple expression, ne pouvait contenir aucun bagage ! La crémaillière de direction était empruntée à la première Clio Cup.

Le moteur en porte à faux arrière traditionnel sur les Alpine est abandonné au profit d'un bloc Williams avec boîte 5 vitesses, monté transversalement en position centrale arrière.

 

 

 

 

Durant les années 80, Alpine cherche sa voie. De plus en plus phagocytée par la tutelle de Renault, la marque dieppoise peine à exister et à faire valoir des projets qui lui soient propres. Or depuis les années 70, aucun modèle n'a réellement pu prendre la place de la légendaire A110 Berlinette, qui fait encore le bonheur des amateurs sur de nombreux circuits...

Renault a réussi avec le programme X50 à donner une suite à l'A310, sous la forme de l'Alpine GTA, puis de la V6 Turbo. Mais les Alpine demeurent des modèles chers et réservés à une élite de pilotes chevronnés, amateurs de sensations sportives. La sortie de l'A610, modèle le plus abouti de la série, ne suffira pas à faire vivre l'usine dieppoise. Il serait souhaitable d'élargir la gamme et de proposer, en plus d'une routière sportive haut-de-gamme, un petit coupé léger, moderne et accessible à tous.

Lancement de l'avant-projet W71

Le développement du projet est lancé en 1989 et confié au Berex, centre de recherche qui a développé divers prototypes pour la Régie et surtout la plupart des Alpine. Il s'agit de construire deux prototypes pour démontrer la viabilité du projet et expérimenter différentes solutions techniques et esthétiques. On parle alors de 3 motorisations différentes, notamment le moteur central arrière de la Clio Williams de 150 cv, qui correspond tout à fait à la philosophie Alpine et qui sera essayé sur les prototypes. Le projet de coupé Alpine reçoit le code projet W71.

Patrick Le Quément vient de prendre la tête du style de la Régie, et il encourage ses jeunes designers à phosphorer sur de tels projets. C'est ainsi que Jean-Pierre Ploué a déjà imaginé dès 1988 un spider Alpine (préfigurant déjà son futur concept Laguna), Christophe Dupont va imaginer une Alpine 4x4, tandis qu'Axel Breun propose un coupé de course de configuration inédite. Guy Greffier va finalement concevoir un coupé sport qui soulève l'enthousiasme général chez Renault. Présenté au départ sous forme de modèle réduit à l'échelle 1:5, va donner naissance à une maquette grandeur nature. Entre temps, les lignes ont été un peu retravaillées, et le design monocorps du projet initial s'est affiné quelque peu pour que le capot se détache du reste. Les ouies d'aération du moteur, lequel est situé en position centrale arrière, sont également ajoutées sur les flancs, derrière les portières.

La proposition A710 de Breun

Une seconde proposition, signée Axel Breun, va être mise en compétition avec celle de Greffier, et désignée A710. Contrairement au projet de Greffier, dont les feux arrière effilés étaient intégrés à une bande rouge intégrale sur l'arrière du véhicule, à la manière de nombreux modèles américains, l'A710 de Breun possédait des doubles feux arrière ronds. Là où le projet Greffier possédait des stries en arrière de la lunette arrière, celui de Breun est très simple, avec un coffre classique pour accéder au moteur. Quand aux clignotants avant, situés au-dessus des phares chez Greffier, ils sont placés aux extrémités chez Breun. Il existe également des différences internes, avec par exemple la présence ou non d'aérateurs et d'une console centrale.

La différence principale entre les A710 et les Alpine précédente réside dans la position du moteur, qui n'est pas en porte-à-faux arrière comme de coutume, mais en position transversale arrière. La proposition de Breun, peut-être moins audacieuse mais plus consensuelle, va être préférée. Le Berex va en tirer deux prototypes A710 qui diffèreront légèrement entre eux, notamment au niveau des optiques.

L'Alpine A710

La W71 pèse environ 900 kg. Le châssis poutre a été abandonné au profit d'une coque autoporteuse en acier, tandis que le moteur est en position centrale arrière. La petite Alpine doit reprendre à son compte un certain nombre de solutions validées par le concept Laguna, issu du crayon inspiré de Jean-Pierre Ploué, et présenté au Mondial de Paris en 1990 – concept justement pensé comme une préfiguration de la future Alpine.

Selon Serge Rossi, ancien ingénieur au Berex, "c'était une très impressionnante voiture qui, par sa qualité de réalisation, ne faisait pas du tout penser à un prototype mais donnait immédiatement envie d'en prendre le volant et d'aller découvrir ses possibilités". Dotée de très bonnes accélérations, d'un excellent freinage et d'une tenue de route remarquable, la W71 faisait le 1000 mètres départ arrêté en 26,7 secondes, possédait une vitesse de pointe de 210 km/h, et sur un circuit d'essai, prenait même de 2 à 2.5 secondes à l'A610, sa grande soeur !

Son seul vrai défaut ? Il s'agissait d'une stricte deux places, n'offrant de surcroît quasiment aucun espace de rangement, avec un coffre avant inutilisable et un espace de rangement très réduit devant le moteur. Si elle avait été commercialisée, l'A710 aurait vendue environ 150.000 francs, ce qui pour une Alpine était un prix fort raisonnable ; mais il faut dire aussi qu'elle ne possédait ni vitres électriques, ni climatisation... éléments de confort jugés "superflus" par ses concepteurs. C'est d'ailleurs sur ce point qu'achoppa l'ensemble du programme : lorsque les commerciaux de Renault voulurent ajouter une direction assistée, des vitres électriques et plus de confort dans l'habitacle, on se rendit compte que la facture allait très vite monter et les performances diminuer d'autant... Le poids de plus d'une tonne et le prix de vente de 180.000 F ne firent pas l'unanimité.

Louis Schweitzer, président de la Régie, estima que le projet ne serait pas viable, et comme le programme avait déjà englouti 600 millions de francs, jugea préférable de le stopper net, préférant se recentrer sur la marque Renault pour proposer un petit véhicule sportif... ce sera le Spider, en 1995, élaboré justement sur la même plate-forme que la W71 et le concept-car Laguna, et motorisé par le bloc F7R de la Mégane 2 litres 16S, le même qui aurait dû également équiper l'A710 de série. La production du Spider cessera hélas après deux ans au catalogue et seulement 850 exemplaires construits. L'A610 ne fera guère mieux.

L'esprit de la W71 sera brièvement ressuscité sous la forme du concept-car Z11 Berlinette Renault Sport, un roadster dont la présentation au public (et a fortiori la possible production en série) fut finalement annulée. Et une fois de plus, le modèle de production qui aurait pu en découler restera dans les cartons... Le même fiasco accompagnera les projets W16 et W19. Il faudra attendre 2014 pour que le nom Alpine renaisse de ses cendres...

 

 

Axel Breun fait une très jolie proposition, datée également du 30 mai 1990.

La maquette de l'A710 de Breun prend la pose avec la légendaire Berlinette.

Le projet de Breun débouchera sur un second prototype, très proche de la maquette, mais dont on ne sait presque rien.

Frédéric Werli, ancien d'Alpine, au volant du premier prototype A710 du Berex.

L'A710 du Berex est entreposée dans les réseves de la collection Renault à Flins. A ce jour, Renault n'a jamais vraiment levé le voile sur le programme W71.

Présentée par le carrossier indépendant Hommell au Salon de l'Auto 1992 (soit deux ans après la W71) la Berlinette Echappement (du nom de la revue qui organisa un concours pour la dessiner) n'était pas une Renault, mais offrait quelques similitudes stylistiques avec les prototypes Alpine...